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DOSSIER - Aid€s : Décrochez-les

« L'essentiel est de rentrer dans les clous »

La vigne - n°215 - décembre 2009 - page 26

France Carreau-Gaschereau a amélioré ses chemins d'accès au caveau grâce à une aide. En revanche, elle regrette que parfois les dossiers ne collent pas aux réalités des exploitations, petites ou moyennes.
France Carreau-Gaschereau, à la tête du château du Seuil (Bouches-du-Rhône) « Mes clients ne se plaignent plus des conditions d'accès au caveau. » © A. AUTEXIER

France Carreau-Gaschereau, à la tête du château du Seuil (Bouches-du-Rhône) « Mes clients ne se plaignent plus des conditions d'accès au caveau. » © A. AUTEXIER

En 2002, France Carreau-Gaschereau prend connaissance d'une subvention du conseil régional pour réaménager les abords des exploitations agricoles. La sienne est située en pleine campagne, à 15 km d'Aix-en-Provence, sur un terrain en coteaux.

« A cause de l'érosion, les chemins d'accès étaient vraiment dans un sale état, se souvient-elle. De quoi décourager les belles voitures de venir au caveau, pourtant ouvert sept jours sur sept. Par temps sec, le moindre véhicule dégageait une poussière infernale. Par temps de pluie, c'était pire !

Mon dossier rentrait “pile poil” dans l'objectif politique d'encourager le tourisme. Les travaux d'aménagement ont coûté 3 000 euros. La moitié a été prise en charge par la collectivité territoriale. J'ai fait l'avance de frais, mais j'ai été remboursée rapidement. »

Profiter de la fenêtre de tir

Deux voies d'environ 300 m chacune relient la cave à la route départementale. Au lieu d'être en terre, caillouteuses et toutes cabossées, elles sont désormais recouvertes d'un enrobé bien intégré à l'environnement. « Les clients ne se plaignent plus. Et dans le contexte économique pourtant très difficile, mes ventes au caveau sont restées stables. »

Lorsqu'elle apprend que l'aide, dont elle a bénéficié n'existe plus, elle remarque, fataliste : « C'est la preuve que lorqu'il y a une fenêtre de tir, il faut en profiter ! »

Annick Lauriat, directrice des Vignerons indépendants des Bouches-du-Rhône, confirme : « L'aide à l'aménagement des abords a eu tellement de succès que le conseil régional ne pouvait plus faire face. Il a préféré la retirer. Nous sommes en train de négocier pour prévoir une subvention à l'aménagement des caveaux de vente. » Preuve en est qu'une aide peut être victime de son succès…

« Les subventions sont une bonne chose, poursuit notre chef d'entreprise. Mon seul regret est que les dossiers de demandes ne collent pas toujours à la réalité des exploitations, petites et moyennes. »

Elle en veut pour preuve deux exemples personnels. Elle raconte : « Pour l'aide à la modernisation du chai, il faut un minimum de 8 000 euros d'investissement. Pour une exploitation indépendante, c'est une somme. Personnellement, j'avais besoin de changer le moteur de mon conquêt de réception. Les pièces en elles-mêmes coûtaient un peu moins de 8 000 euros HT. Pour faire appel à l'aide, il aurait fallu que je demande à une entreprise extérieure de monter le nouveau mécanisme. J'ai préféré gérer en bon père de famille… J'ai fait travailler le personnel de mon exploitation. Comme je n'ai pas atteint les 8 000 euros fatidiques, je n'ai pas eu d'aide. »

Elle enchaîne : « Il y a deux ans, j'ai eu un problème de dépérissement de ma syrah. Sur trois hectares, j'ai dû enlever près d'un tiers de plants malades. Je n'ai pas eu le choix. J'ai replanté. Mon dossier d'aide a été refusé par FranceAgriMer, car ce n'est pas considéré comme de la restructuration. Cela me fait râler ! Surtout quand j'entends dire qu'il y a des fonds qui vont repartir à Bruxelles parce qu'ils n'ont pas été utilisés. Je note que, pour rentrer dans les clous de l'aide, j'aurais dû tout arracher pour replanter un autre cépage. C'est d'autant plus aberrant qu'économiquement, cela aurait coûté beaucoup plus cher à la collectivité… »

Lorsqu'elle repense à toutes ces déconvenues, France Carreau-Gaschereau, qui possède un franc-parler teinté d'humour, devient très ironique. « Vous connaissez le film « le Père Noël est une ordure » ? demande-t-elle. Eh bien, quand je remplis un dossier administratif pour souscrire à une aide, je ne peux pas m'empêcher de penser à Zézette. A la question « est-ce que vous travaillez ? », Zézette veut répondre, « ça dépend » mais constate que « ça dépend, ça dépasse ! »

La réponse attendue doit rentrer dans les cases. Il faut trois lettres : soit « oui », soit « non ». Si France Carreau-Gaschereau a la critique juste et mordante, elle n'est pas ingrate. Elle reconnaît que lorsque « la demande d'aide rentre bien dans les cases, tout roule ».

Un classeur très utile

Et malgré les déboires, elle garde toujours en tête que des subventions peuvent l'aider à réaliser ses projets. Consciente que l'information n'est pas toujours facile à trouver, elle a prévu un classeur dans lequel elle range « toutes les communications susceptibles de lui être utiles à plus ou moins long terme ».

Adhérente à la FDSEA et aux Vignerons indépendants de France, notre viticultrice reçoit quasi quotidiennement des mails d'informations ou des feuilles syndicales sur l'actualité réglementaire. Parmi les dernières aides qui l'intéressent, celles relatives au soutien à l'embauche dans les très petites entreprises (TPE). « Pour une fois, que l'on prend en compte les réalités du terrain, ce serait dommage de ne pas en profiter… »

L'essentiel de l'offre

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