Retour

imprimer l'article Imprimer

éditorial

Démocratie participative

PAR BERTRAND COLLARD, RÉDACTEUR EN CHEF DE LA VIGNE - La vigne - n°294 - février 2017 - page 5

La démocratie participative. Voilà une expression que les politiciens adorent. Dans bien des programmes électoraux, il n'est question que de l'encourager. Mais le moment venu : pschitt ! Il ne reste que des belles paroles et des voeux pieux. La filière viticole vient d'en faire l'expérience avec l'affaire du grossissement du logo femmes enceintes.

Le gouvernement a décidé qu'il fallait rendre ce logo plus visible. Il n'a pas pris la peine d'en avertir les premiers intéressés, à savoir ceux qui devront appliquer la mesure. Il a encore moins eu l'idée de consulter les producteurs avant de trancher. À quoi bon ? a-t-il dû penser. Que pourrait bien apporter la filière vin à nos judicieuses réflexions ? En vertu de quoi, la viticulture n'a pas été invitée à prendre part à une décision la concernant. Exit la participation... s'il en fut jamais réellement question ! Erreur. Le gouvernement a dû payer d'une marche arrière son manque d'ouverture.

Avec l'appui des parlementaires des régions viticoles, la filière a arraché la promesse d'être invitée aux discussions sur le grossissement du logo. Elle y rappellera une évidence simple : c'est d'abord au corps médical et ensuite aux pouvoirs publics de mettre en garde les femmes enceintes contre les dangers de la consommation d'alcool pour leur futur enfant. Un logo ne saurait suffire, si gros soit-il. On le voit bien avec les maigres résultats des messages d'avertissement sur les paquets de cigarettes. La filière y défendra aussi l'idée que l'étiquetage doit rester attractif, donner envie et non pas faire fuir. Elle aura fort à faire pour convaincre. Elle devra faire preuve d'habilité pour ne pas paraître guidée par ses seuls intérêts et sans égard pour la santé publique.

Avec les CEPP, l'actualité récente nous donne un autre exemple des limites de la participation. Cette fois, des consultations ont bien eu lieu. Les distributeurs de produits phytosanitaires et la FNSEA y ont été conviés par le ministre de l'Agriculture. Ils ont maintes fois rappelé leur opposition à l'idée de pénaliser ceux qui ne diminueront pas assez leurs ventes de phytos. Car l'objectif de réduire de 20 % l'emploi de phytos semble impossible à atteindre avec les moyens actuels. Pour preuve : en viticulture, les fermes Dephy n'ont baissé que de 12 % leur consommation par rapport à leurs voisines. Mais le ministre n'a rien voulu entendre. À croire que son combat est plus important que l'écoute des citoyens participatifs.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :