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AU COEUR DU MÉTIER

Dans le Gaillacois, chez Sylvain Galand : « Les fermages donnés par ma coop m'ont aidé »

FLORENCE BAL - La vigne - n°297 - mai 2017 - page 26

EN ÉPOUSANT LA FILLE D'UN COOPÉRATEUR DU GAILLACOIS, Sylvain Galand a scellé son destin. Devenu viticulteur en 2009, il s'est agrandi avec l'aide de sa coopérative. Il souhaite donner la meilleure image de son métier.
LE TABLEAU DE BORD DE SON EXPLOITATION

LE TABLEAU DE BORD DE SON EXPLOITATION

SYLVAIN GALAND (À DROITE) ASSURE LES DÉGUSTATIONS au caveau de la coopérative un ou deux dimanches par an. Il est ici avec le président Alain Fontvieille (à gauche) et le responsable du caveau, Nicolas Poser.  PHOTO : F. BAL

SYLVAIN GALAND (À DROITE) ASSURE LES DÉGUSTATIONS au caveau de la coopérative un ou deux dimanches par an. Il est ici avec le président Alain Fontvieille (à gauche) et le responsable du caveau, Nicolas Poser. PHOTO : F. BAL

FIN MARS, Sylvain Galand termine la taille en cordon de Royat dans cette parcelle de 1,7 ha de mauzac âgée de 30 ans. PHOTO : F. BAL

FIN MARS, Sylvain Galand termine la taille en cordon de Royat dans cette parcelle de 1,7 ha de mauzac âgée de 30 ans. PHOTO : F. BAL

L'EXPLOITATION POSSÈDE DEUX PULVÉRISATEURS, ici un Dagnaud-Porté de 600 l avec panneaux récupérateurs dont Sylvain se sert jusqu'à la floraison. Après cela, il utilise l'autre : un pneumatique Idéal Diva de 800 l face par face.  PHOTO : F. BAL

L'EXPLOITATION POSSÈDE DEUX PULVÉRISATEURS, ici un Dagnaud-Porté de 600 l avec panneaux récupérateurs dont Sylvain se sert jusqu'à la floraison. Après cela, il utilise l'autre : un pneumatique Idéal Diva de 800 l face par face. PHOTO : F. BAL

SUR LE PULVÉ Idéal Diva 800 l, Sylvain Galand vérifie la pression de la cloche à air entre 0,8 et 1,25 bar pour une pressionde pulvérisation de 2,5 bars. PHOTO : F. BAL

SUR LE PULVÉ Idéal Diva 800 l, Sylvain Galand vérifie la pression de la cloche à air entre 0,8 et 1,25 bar pour une pressionde pulvérisation de 2,5 bars. PHOTO : F. BAL

« Me lancer m'a demandé beaucoup de travail et d'énergie mais, aujourd'hui, je commence à récupérer le fruit de mes investissements », résume Sylvain Galand, coopérateur basé à Cestayrols, dans le Tarn, à 20 km au nord-ouest d'Albi. Sept ans après son installation, son exploitation couvre 36 hectares en AOC Gaillac et IGP Côtes du Tarn. La moitié de ses surfaces est plantée de cépages locaux : fer servadou, duras, mauzac et loin de l'oeil. Il livre toute sa récolte à la coopérative de Labastide-de-Lévis (900 ha, 4 millions de cols, CA 2015 : 13 millions d'euros).

Originaire de Brassac, dans le sud du département, Sylvain Galand n'est pas issu d'une famille de viticulteurs. Lorsqu'il était jeune, il voulait être paysagiste. En 1999, il rencontre sa future épouse, Amélie, sur les bancs du lycée agricole d'Albi. Elle est fille d'un coopérateur de la cave de Labastide-de-Lévis, installé à Cestayrols. Leur projet de vie le conduit à devenir viticulteur dans ce village.

En 2007 et 2008, il effectue deux saisons complètes comme saisonnier pour apprendre tous les travaux manuels de la vigne. Puis, en 2009, à 27 ans, il s'installe en son nom propre sur 11 ha, en prévoyant de reprendre les 14 ha de vignes de son beau-père Alain Boudet quand celui-ci prendra sa retraite. D'entrée, ce dernier lui prête une partie de son matériel. Le jeune viticulteur acquiert toutefois un tracteur vigneron Case 85 N (36 000 €) et un pulvérisateur pneumatique face par face Idéal Diva de 800 l (22 000 €). « Au départ, ces investissements étaient surdimensionnés, compte tenu de la surface que j'avais, relève-t-il. Mais aujourd'hui, ils sont tout à fait adaptés. »

Des vignes à l'abandon

Au début, il se concentre sur la remise en état du vignoble qu'il a repris. 3,5 ha de vignes sont complètement à l'abandon. « Il a fallu les défricher et revoir les palissages », se souvient-il.

Puis, il s'attache à suivre les objectifs de la cave. « Nous souhaitons valoriser au maximum les vins d'appellations et nos cépages locaux, précise-t-il. Ce serait idiot de nous placer sur le marché des vins sans IG et même des vins de pays alors que le potentiel de rendement de nos terroirs en coteaux est limité. Ce ne serait pas rentable. »

Au fil de sa reprise de vignes, il est passé de 50 à 70 % de sa surface conforme à l'appellation. Et dans les années qui viennent, il compte remplacer deux hectares de syrah par du braucol ou du duras pour revendiquer encore plus de gaillac.

À son arrivée, la coopérative est confrontée à la baisse de ses effectifs. Beaucoup de viticulteurs sont sans successeur. Au fur et à mesure des départs à la retraite, la coop perd des surfaces. Pour limiter cette hémorragie, en 2011, elle achète une vingtaine d'hectares de vigne par le biais d'une SCI pour les louer à certains de ses membres. C'est ainsi qu'elle donne 5 ha en fermage à Sylvain Galand en 2012, puis 3 ha de plus en 2015 et encore 3 ha en 2016. « Ces fermages m'ont permis d'agrandir mon vignoble et d'optimiser mes coûts de production. Sans ces terres, je n'aurais pas assez de surface », explique-t-il

La lutte raisonnée pour une bonne image

Par conviction et pour l'image de sa coop et de son métier, Sylvain Galand travaille depuis le départ en lutte raisonnée. « Si on ne veut plus être montré du doigt, il faut prendre le taureau par les cornes », affirme-t-il.

Le viticulteur module les doses appliquées selon l'état végétatif de la vigne et en utilisant deux pulvérisateurs. Pour les trois premiers traitements - excoriose, mildiou et oïdium -, il emploie un vieux Dagnaud doté d'une cuve de 600 l et de panneaux récupérateurs qui servait à son beau-père à l'époque des traitements à l'arsénite de soude. Il applique un huitième de la dose homologuée pour le premier traitement, un cinquième pour le deuxième et entre un quart et un tiers pour le troisième. Grâce à la récupération, il estime réaliser une économie de 2 500 € par an sur les produits phyto.

À partir de la floraison, il utilise l'Idéal Diva avec lequel il traite trois rangs par passage. Il applique 110 l/ha au stade de la fleur et 150 l/ha en pleine végétation. Il traite alors uniquement la nuit entre 1 heure et 7 heures du matin. « L'efficacité est meilleure, les produits pénètrent mieux, estime-t-il. La nuit, ils retombent sur la végétation comme la rosée du matin, alors que, durant la journée, des courants ascendants font un effet montgolfière. Sans compter l'évaporation due à la chaleur et la dérive liée au vent. Et la nuit, il n'y a pas de promeneurs. »

En 2015, la chambre d'agriculture du Tarn lui propose d'intégrer le groupe Dephy Ecophyto, le réseau de fermes de référence économes en phytosanitaires. Elle calcule ses IFT (indicateur de fréquence de traitement). « Avec 13,2 de moyenne en quatre campagnes, je suis plutôt bien placé », avance-t-il. En 2016, année de forte pression, son IFT est de 13,1 contre 21 pour la moyenne régionale.

Le vigneron n'emploie jamais d'antibotrytis. Pour limiter l'entassement de la végétation et les attaques de pourriture, il taille plus long puis ébourgeonne au printemps afin de conserver des pousses bien espacées. Il lutte contre les tordeuses par confusion sexuelle sur un gros îlot de 22 ha. « Les résultats sont très bons, estime-t-il. Surtout sur les mauzacs dont les grappes sont très serrées. S'il pleut après une attaque de vers, ils pourrissent rapidement. Avec la confusion, les grappes sont protégées. »

Le vignoble est enherbé un interrang sur deux. Sylvain Galand laisse pousser la végétation spontanée, constituée notamment de luzerne d'Arabie, puis il la tond. « Ce qui me permet de diminuer les engrais », estime-t-il. Il désherbe mécaniquement l'autre interrang « en surface » seulement. « J'ai horreur de l'expression "travail du sol", relève-t-il. Je ne suis pas du tout de l'avis qu'il faut bouléguer [remuer, NDLR] la terre pour faire pénétrer les racines en profondeur : cela provoque trop d'érosion. »

Sur le rang, il désherbe une bande de 65 cm au printemps et n'emploie plus d'antigerminatif de prélevée mais uniquement des herbicides de postlevée, non sélectifs. En été, il combine le passage de lames interceps avec un écimage pour limiter les coûts.

Spécificité de la cave de Labastide, les viticulteurs ne peuvent revendiquer que 80 % de leur surface en AOC Gaillac rouge et 70 % en AOC Gaillac blanc. Mais, en rouge, « on a le droit de mettre en catégorie extra 30 % de notre surface revendiquable en AOC », précise le jeune viticulteur. Les raisins doivent présenter un bon état sanitaire et satisfaire aux critères de maturité fixés par la cave. Outre le degré et l'acidité, la teneur en polyphénols est réglementée. Cette récolte est valorisée entre 7 et 15 % de mieux que l'AOC.

Les efforts ne paient pas encore

La cave assure le suivi des parcelles. L'été, elle contrôle la charge et la tenue du vignoble. Elle suit l'évolution de la maturation et décide de la date des vendanges parcelle par parcelle. Pour cela, elle utilise notamment le Multiplex, un capteur optique portable, pour surveiller la progression des anthocyanes et la maturité phénolique en rouge.

Malgré tous ces efforts, le revenu de Sylvain Galand n'est pas aussi élevé qu'il le souhaiterait. « Si on n'avait pas le salaire extérieur de ma femme, ce serait vraiment très compliqué, confie le jeune père de famille. La situation est difficile. Surtout après les deux très petites récoltes de 2013 et 2015. Heureusement, la récolte 2016 a été tout à fait exceptionnelle. Du jamais vu, m'a indiqué mon beau-père. La nature a dû perdre la tête. J'ai explosé les scores. J'ai même produit des vins sans IG. Pourtant, il y avait eu de la coulure. Au début de la saison, rien ne laissait présager une récolte aussi abondante. »

Avec 36 ha, il estime que la taille de son vignoble est suffisante. À 34 ans, il s'est fait une place comme viticulteur. Il réalise son projet de vie de famille et il a bien l'intention de pérenniser un patrimoine qui appartient en partie à son beau-père. Malgré les difficultés.

SUCCÈS ET ÉCHECS CE QUI A BIEN MARCHÉ

Bien que n'étant pas d'origine viticole, il s'est installé en nom propre dès 2009. Il s'est agrandi d'abord grâce aux fermages mis à sa disposition par la SCI de sa coopérative puis en reprenant les vignes de son beau-père en 2016.

Il optimise ses coûts. Tous les ans, il met en AOC Gaillac rouge catégorie extra le maximum qu'il peut revendiquer soit 2,35 ha en 2016.

SUCCÈS ET ÉCHECS CE QU'IL NE REFERA PLUS

Il cultive 5,7 ha de sauvignon très sensible aux maladies du bois et 5,9 ha de syrah victime de dégénérescence. « J'ai pris ces vignes pour m'agrandir. Je n'avais pas le choix. Mais je ne les arrache pas car j'aime conserver le patrimoine. » Alors, il plante plus de 3 000 complants par an.

Une fois, il a réalisé une animation pour sa coopérative dans une grande surface Il en garde un mauvais souvenir. « Il fallait accrocher les clients au milieu d'une gondole. Or, je ne suis pas un bon commercial. Je n'ai pas les compétences. Ce n'est pas ma fibre. Cela ne m'a pas plu du tout ! Je souhaite ne jamais avoir à le refaire », confie-t-il.

LA STRATÉGIE DE SA COOP Profiter de la manne touristique générée par Albi

Depuis deux ans, la coopérative a misé résolument sur l'oenotourisme. Elle a investi un million d'euros dans un parcours de visite qui se conclut par une dégustation. L'idée était de profiter de la manne touristique générée par le classement au patrimoine mondial de l'Unesco de la cité voisine, Albi, en 2010. En conséquence, la cave est ouverte tous les dimanches de l'été et les viticulteurs viennent en renfort des salariés pour animer les dégustations au comptoir. Sylvain Galand est présent durant deux dimanches. « Les visiteurs sont enchantés du parcours », souligne-t-il. Ils le sont tellement qu'ils « achètent ensuite très facilement » !

Sylvain Galand assure également les dégustations lors de la fête des vins de Gaillac, au mois d'août. En y rencontrant les clients, comme au caveau, lui qui n'a pas du tout la fibre commerciale a réalisé que le discours tenu par le vigneron est primordial. Il a également appris une des règles de base du commerce : il faut chercher à savoir ce que le client veut acheter - des vins très chers, pas chers, moelleux, secs, etc. - sans préjugés.

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L'exploitation

- Main-d'oeuvre : lui, un plein-temps, des saisonniers et des coups de main de son beau-père ;

- Surface : 36 ha ;

- Production 2016 : 2 910 hl (exceptionnelle) ;

- Cépages : fer servadou, duras, syrah, merlot, gamay, alicante, mauzac, sauvignon, loin de l'oeil et muscadelle ;

- Plantation : 4 000 et 4 500 pieds/ha ;

- Taille : guyot simple, cordon de Royat.

L'essentiel de l'offre

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