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À LA VIGNE - SEPTEMBRE

Vendanges 2017 Nos lecteurs témoignent

ALEXANDRE ABELLAN - La vigne - n°301 - octobre 2017 - page 10

Début septembre, notre site Vitisphere a demandé à ses lecteurs de témoigner sur les difficultés de ce millésime hors norme. Les trois quarts ont rentré une récolte amputée. Beaucoup craignent pour la pérennité de leur exploitation.
À l'heure des vendanges, 80 % de nos sondés ont mesuré une production en baisse. ©  C. WATIER

À l'heure des vendanges, 80 % de nos sondés ont mesuré une production en baisse. © C. WATIER

Le millésime 2017 a marqué les vignerons, qu'ils aient vécu une année de gel, de sécheresse, de coulure, d'esca, ou qu'ils aient été miraculeusement épargnés par ces calamités. Preuve de cet impact, ce sont, en dix jours, 174 personnes qui ont répondu à l'enquête « Témoignez et chiffrez votre millésime 2017 » que nous avons lancée sur Vitisphere.

Parmi nos lecteurs, 45 % ont dit avoir été touchés par le gel (dont un tiers pour la première fois), 36 % ont été impactés par la sécheresse et 7 % par la grêle (dont la moitié pour la première fois). Seuls 12 % sont sortis indemnes des épreuves de cette année, du moins en termes de production. Globalement, 80 % des sondés estiment que leur récolte 2017 sera inférieure à la moyenne. Avec une baisse de production de l'ordre de 55 %. Dans le détail, 40 % visent un rendement moyen de 40 à 60 hl/ha. Ils sont 31 % à tomber entre 20 et 40 hl/ha, 15 % en dessous de 20 hl/ha et 14 % à espérer plus de 60 hl/ha.

Les situations sont encore plus contrastées à l'heure des premières presses. Là encore, la déception prédomine, puisque seuls 9 % des sondés se disent satisfaits de leur volume de jus.

Notre enquête laisse transparaître de nombreuses craintes pour l'avenir. Ainsi, la question des cours préoccupe un tiers des répondants car ils ne voient pas comment la hausse des prix pourrait compenser leur perte de récolte. Ce que confirment les nombreux commentaires laissés à la suite du questionnaire. « Si les prix ne remontent pas, l'année va être difficile. En effet, les charges, elles, ne diminuent pas : MSA, phytos, sans oublier le zèle de l'Administration », annonce Lolo11. « Dans le meilleur des cas nous allons faire une demi-récolte. Pourquoi continuer ? L'amour du métier ne suffit plus, beaucoup d'exploitations vont disparaître », lâche, pessimiste, un vigneron du Beaujolais. Avec une « troisième année consécutive de baisse des rendements, cette campagne va mettre mon exploitation plus qu'en péril », renchérit Flo. Pour Jourdan, c'est déjà la fin. « C'est l'année de trop, on vend ! », tranche-t-il.

Entre désespoir et fatigue, un certain fatalisme pointe. 64 % des sondés estiment ainsi que la précocité du millésime 2017 est une nouvelle preuve du changement climatique, auquel il faudra bien s'adapter. « D'une année à l'autre on avait l'habitude de dire : ça ne peut pas être pire. Eh bien, si ! Ça peut toujours être pire. La preuve ! Il faut se préparer à des années mauvaises les unes derrière les autres », s'alarme Maille.

Malgré ces coûteux aléas, l'assurance récolte n'est pas la première des préoccupations pour le prochain millésime. Seuls 17 % des sondés sont prêts à l'envisager pour 2018. Pourtant, les exemples de son utilité ne manquent pas, comme celui de Tigrou33. Il a subi une baisse de récolte de 30 à 40 % due au gel. Il a acheté des raisins « pour limiter la casse ». Et comme « on est très bien assuré, on s'en sort bien. Sur les pieds épargnés, la charge est assez importante et de qualité, mais la taille et le tirage des bois vont être sportifs ! »

Les rescapés du millésime

12 % des vignerons ayant répondu à notre enquête ont été épargnés par les aléas de cette année. 20 % attendent une récolte supérieure à la moyenne. Il faut dire qu'en Val de Loire, en Bourgogne et en Champagne, bien des domaines ont subi plusieurs mauvaises années consécutives cumulant le gel, la grêle et une forte pression cryptogamique. Cela ne suffit pas pour autant à redonner le moral à ces vignerons que le millésime a favorisés. Même agréablement surpris par son rendement, J. B. nuance ainsi : « Situation financière très précaire. De plus en plus dur de tenir moralement. J'adore mon métier, mais à l'heure actuelle, je me pose plein de questions... »

36,9 millions d'hectolitres

Selon les dernières estimations du ministère de l'Agriculture, établies le 1er octobre alors que les vendanges touchent à leur fin, la France ne devrait finalement produire que 36,9 Mhl. Un score de 18 % inférieur à la moyenne des cinq dernières années. Dans le Sud-Est, le Languedoc, la Corse et le Beaujolais, la sécheresse a accentué la déshydratation des raisins, pesant encore sur les volumes. En fin de saison, la météo a été plus favorable à Bordeaux, mais les vendanges restent inférieures de 45 % à la récolte de 2016, avec 3,7 Mhl. Le Languedoc-Roussillon et le Sud-Est voient respectivement leur récolte chuter de 16 % (10,3 Mhl) et 22 % (4,5 Mhl). Seuls le Val de Loire (+8 %) et le Beaujolais (+4 %) ont plus vendangé que l'an passé.

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