Actus - Écophyto

Écophyto R&D, journée bien remplie

Phytoma - n°631 - février 2010 - page 5

Le 28 janvier dernier, l'amphithéâtre du Conseil économique et social était plus que plein, plus de 400 personnes s'étant inscrites à la journée de restitution de l'étude Écophyto R&D menée par l'INRA à la demande des pouvoirs publics. Il s'agissait d'en savoir davantage sur les possibilités de réduire l'utilisation des pesticides en agriculture, la réduction voulue étant de « 50 % si possible ». Échos à chaud.
Après la synthèse de Marion Guillou (à gauche), Chantal Jouanno (à droite et à l'écran) a clôturé la journée. ph. M. Decoin

Après la synthèse de Marion Guillou (à gauche), Chantal Jouanno (à droite et à l'écran) a clôturé la journée. ph. M. Decoin

Saluons d'abord le travail effectué. L'INRA a « conduit la réalisation technique de l'étude »(1) en mobilisant environ 80 experts, membres de l'Institut et aussi d'instituts techniques, organismes de développement agricole, services techniques des ministères chargés de l'Agriculture et de l'Environnement. Ils ont au besoin consulté des experts extérieurs. Un comité d'orientation s'est réuni tous les trimestres durant deux ans, présidé par Yves Le Bars, « personnalité indépendante de l'Inra et des commanditaires »(2). Huit groupes constitués ont fourni au final neuf tomes de rapport et 90 pages de synthèse(3).

« Au final » est une façon de parler : un des enseignements de ce travail est qu'il reste des recherches à effectuer ! Cette étude est une première approche et bon nombre de résultats sont à confirmer.

État des lieux

Le premier résultat est l'état des lieux en année zéro. Ce fut 2006. Certes les pratiques fluctuent avec les variations de pression des bio-agresseurs liées au climat de l'année. Heureusement 2006 s'est révélée moyenne en terme de pression parasitaire. Les chercheurs ont établi la consommation moyenne de pesticides par type de culture avec l'importance des grandes cultures(4) : les deux-tiers du marché pour moins de la moitié des surfaces (Figure 1).

Mais le marché n'est pas l'indicateur idéal. Remplacer un ancien produit par un nouveau moins pondéreux et moins toxique mais plus cher(5) fait augmenter la consommation en valeur alors qu'elle baisse son volume et les risques vis-à-vis de l'environnement et de la santé, but de la réduction des pesticides à ne pas oublier ! Plus significatif est l'IFT(6), indice « épluché » dans l'étude.

Grandes cultures, moins 20 % c'est réaliste

Prenons les grandes cultures : en 2006, l'IFT des pommes de terre est de 16, le colza suit de loin (IFT de 6), puis le pois, le blé tendre et la betterave (autour de 4), puis le maïs et le tournesol (IFT de 2).

Divers systèmes agricoles avec les niveaux de rupture qu'ils représentent ont été identifiés. La simulation technico-économique sur les effets de réductions d'IFT en grandes cultures montre une baisse de 20 % par rapport au niveau de 2006 possible sans perte de produit. L'effet sur les marges brutes, positif au prix de 2006, devrait l'être quels que soient les prix car les charges baissent pour des recettes maintenues (Figure 2).

Réduire davantage, ça se complique

Ensuite les recettes diminuent sensiblement : 4 % pour une baisse de 30 % de l'IFT, 8 % pour une baisse de 40 % et 12 % pour une baisse de 50 %.

Les marges tiennent jusqu'à 40 % de baisse d'IFT si les prix restent au niveau de 2006 (Figure 2) et, précise l'Inra, seulement jusqu'à 35 % s'ils passent au niveau de 2007. Et à 50 %, elles baissent de toute façon. Or écophyto ne doit pas faire diminuer le revenu des agriculteurs, a dit Chantal Jouanno, Secrétaire d'état à l'écologie, dans son discours de clôture.

Vigne, vergers, légumes, fleurs, encore plus compliqué

Pour les cultures spécialisées, la baisse de moitié de l'IFT a encore plus d'impact : la production des vignes diminue de 24 % et celle des vergers de 19 %. Mais la vigne ne pèse que 14 % du marché phytosanitaire et les vergers 5 %.

Aucune simulation n'a pu être faite pour les cultures légumières et florales, mais elles aussi ne pèsent que 5 % du marché phyto.

Ces simulations, certes pas à prendre au 1 % près, montrent que ce sont bien les grandes cultures qui seront le levier d'écophyto.

Bilan, c'est un début

Mais, les intervenants l'ont souligné : l'étude est un débroussaillage. Il faut continuer les recherches et valider les hypothèses et scenarii. L'INRA veut s'appuyer sur un réseau d'exploitations pilotes car il s'agit de faire évoluer des systèmes complets d'exploitation.

Marion Guillou, Présidente de l'Inra , a tiré la synthèse de l'étude : oui, la réduction de l'usage des pesticides est possible. Elle peut aller jusqu'à 30 à 40 % en grandes cultures sans baisse de revenu des agriculteurs, avec des changements de pratiques importants mais sans bouleverser les systèmes de production. Pour aller aux 50 %, en revanche, on peut se demander comment faire.

Agriculteurs pas seuls

Quels sont les freins ? D'abord, les futurs résultats de recherche et solutions techniques inédites risquent de ne pas être au point d'ici 2018. Et puis les agriculteurs ne sont pas tout seuls.

Sans parler des fournisseurs de pesticides priés de réduire leurs ventes avec le sourire, il y a les filières en aval. Elles sont impactées, en gros, dès 30 % de baisse d'IFT en grandes cultures, probablement avant en cultures spécialisées.

Adapter les filières

Citons le résumé édité par l'Inra : « Une réduction de moitié de l'utilisation des pesticides supposerait une nouvelle conception des systèmes de production avec des effets significatifs sur le niveau de production et des marges ; elle supposerait également des modifications au niveau des filières et des marchés (...)

Par exemple, en grandes cultures [il faudrait] allonger les rotations et donc introduire de nouvelles cultures (...) ces cultures de diversification (...) nécessiteraient une adaptation des filières. »

Ainsi, développer les légumineuses donc les substituer au soja importé exige un plan protéine ambitieux que Chantal Jouanno a évoqué.

<p>(1) Voir le site www.inra.fr. Le 4 février 2010, l'accès aux textes sur écophyto R&amp;D était visible dès la page d'accueil.</p> <p>(2) Yves Le Bars a été Directeur du CEMAGREF et du BRGM.</p> <p>(3) Voir la note numéro 1.</p> <p>(4) Y compris celles pour l'alimentation animale (maïs, blé fourrager, etc.), et les pommes de terre, mais pas les légumes de plein champ ni les prairies temporaires.</p> <p>(5) Un produit phyto nouveau est presque toujours plus cher qu'un ancien, qui a eu le temps d'être « amorti ».</p> <p>(6) Indice de fréquence de traitement. Par exemple : que l'on traite quatre fois une culture avec un produit à demi-dose, ou deux fois avec un produit à pleine dose, ou une fois avec deux pleines doses de produits différents (ex. un anti-mildiou et un anti-oïdium), on obtient toujours un IFT de 2.</p>

Figure 1 -

Utilisation des surfaces agricoles et usages des pesticides phytopharmaceutiques. (source des chiffres : écophyto R&D).

Figure 2 -

Effets d'une réduction de l'usage des pesticides sur la production et les marges brutes en grandes cultures au prix de 2006 (simulation).

(Source : Butault J.P. et al., 2010 - Ecophyto R&D., Quelles voies pour réduire l'usage des pesticides ? Synthèse du rapport d'étude. INRA Editeur, France, 90 p.)

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