DOSSIER - Protection du colza

Dix nouveaux produits contre les sclérotes, élytres et plantules

MARIANNE DECOIN* - Phytoma - n°684 - mai 2015 - page 34

Sclérotiniose et ses sclérotes, insectes coléoptères et leurs élytres, adventices avant ou pendant leur stade plantule : telles sont les trois cibles principales visées par les dix nouveautés phytopharmaceutiques autorisées sur colza.
Charançon du bourgeon terminal. Cette espèce fait partie des coléoptères phytophages ravageurs du colza visés par quatre nouvelles autorisations - c'est-à-dire un nouveau produit et trois extensions d'usage d'insecticides déjà autorisés sur colza auparavant.  Photo : Syngenta

Charançon du bourgeon terminal. Cette espèce fait partie des coléoptères phytophages ravageurs du colza visés par quatre nouvelles autorisations - c'est-à-dire un nouveau produit et trois extensions d'usage d'insecticides déjà autorisés sur colza auparavant. Photo : Syngenta

Tableau 1 : Nouveautés fongicides arrivées sur colza depuis deux ans

Tableau 1 : Nouveautés fongicides arrivées sur colza depuis deux ans

Tableau 2 : Nouveautés insecticides arrivées sur colza depuis deux ans

Tableau 2 : Nouveautés insecticides arrivées sur colza depuis deux ans

Tableau 3 : Nouveautés herbicides arrivées sur colza depuis deux ans

Tableau 3 : Nouveautés herbicides arrivées sur colza depuis deux ans

Après la lutte génétique contre la hernie et le phoma, puis la protection alternative et intégrée contre les mauvaises herbes, voici les nouveautés en matière de produits « phyto », c'est-à-dire phytopharmaceutiques. Quoi de notable depuis deux ans ?

Les fongicides visent la sclérotiniose

Bacillus « de biocontrôle », picoxystrobine « conventionnelle »

Commençons par les fongicides, avec quatre nouveautés visant la sclérotiniose. Les deux premières sont préconisées associées l'une à l'autre (Tableau 1).

Elles sont proposées par DuPont. L'une d'elles est inédite, non seulement sur colza, mais encore en agriculture. La seconde, déjà connue sur céréales, représente l'arrivée de sa substance active sur le colza.

La spécialité inédite, nommée Ballad et dont l'AMM (autorisation de mise sur le marché) est survenue en août 2014(1), est sans conteste la plus originale.

Elle est à base de la souche QST2808 de la bactérie Bacillus pumilus, présentée dans Phytoma en novembre dernier (Piekacz & al., 2014). C'est le premier biofongicide d'origine bactérienne autorisé sur colza en traitement des parties aériennes. (Un autre biofongicide est autorisé contre la sclérotiniose sur colza entre autres, mais en traitement du sol ; il s'agit de Contans WG, distribué par Belchim, à base du champignon Coniothyrium minitans).

Le nouveau biofongicide est en théorie utilisable seul. Mais son efficacité est moins régulière que celle de la majorité des fongicides conventionnels. Aussi, DuPont le préconise et le vend associé au second produit sous le nom de marque Acapela Soft Control.

Le produit associé, Acapela 250 SC (second nom commercial du produit Acanto) est à base de picoxystrobine. C'est la troisième strobilurine autorisée contre la sclérotiniose du colza, les deux autres étant l'azoxystrobine et la dimoxystrobine. Il a été autorisé en mars 2014(2), à la dose de 1 l/ha - et peut s'utiliser comme tel.

Baisser l'IFT de moitié tout en conservant l'efficacité

Mais la préconisation de DuPont et les doses portées sur l'étiquette sont d'une demi-dose de ce produit conventionnel associée à une demi-dose du biofongicide.

Avantage ? Comme le biofongicide est listé Nodu vert, son usage « ne compte pas » pour le calcul de l'IFT, le fameux « indice de fréquence de traitement » qu'il faut faire baisser dans le cadre du plan Ecophyto. Ainsi, l'utilisation de l'association permet de baisser de moitié l'IFT par rapport à un traitement à la picoxystrobine seule à pleine dose - tout en maintenant une efficacité du même niveau et avec la même régularité. Et pour un coût/ha équivalent.

Autre avantage, moins immédiat mais qui peut se montrer intéressant à terme : en associant deux substances à mode d'action résolument différents, leur efficacité est rendue plus durable.

Associations originales, dont une avec l'inédit fluopyram

De fait, les deux autres nouveaux fongicides, Propulse (second nom Yearling), de Bayer, et Efilor (second nom Telia), de BASF, autorisés début 2014(3), associent des substances à modes d'action différents - dans les deux cas, un SDHI et un triazole (Tableau 1).

On sait que les SDHI sont menacés par une résistance (cf. la note commune Sclerotinia, voir Pour en savoir plus p. 36). L'association avec un triazole est sans risque de résistance croisée, ce qui améliore la durabilité de l'efficacité des produits.

Par ailleurs, tous les deux sont autorisés contre la sclérotiniose mais aussi l'oïdium.

À noter : lors de l'autorisation du produit, le fluopyram était totalement inédit en France, sur colza mais aussi en phytopharmacie en France (il a été autorisé en même temps sur vigne dans d'autres produits). En revanche le boscalid, le prothioconazole et le metconazole étaient déjà connus sur colza.

Sclérotiniose du colza : combien de modes d'action ?

Ainsi, ces quatre nouveautés fongicides font arriver sur colza trois nouvelles substances actives (Bacillus pumilus, picoxystrobine, fluopyram) mais un seul nouveau mode d'action, celui du Bacillus.

Certes, la rubrique « Usages » d'e-phy, la base de données du ministère de l'Agriculture (voir « Liens utiles » p. 36), liste 138 spécialités autorisées contre la sclérotioniose sur « crucifères oléagineuses ». Toutes sont autorisées sur colza, crucifère principale, certaines l'étant en plus sur moutarde, cameline, navette, etc. (Tableau 1).

Mais ces 138 spécialités déclinent en fait dix substances actives ! Et cela ne représente que quatre modes d'action différents :

- les IBS (prothioconazole et les triazoles cyproconazole, metconazole et tébuconazole) qui inhibent la synthèse des stérols ;

- les QoI, avec les strobilurines azoxystrobine, dimoxystrobine et, depuis mars 2014, picoxystrobine, qui inhibent une étape de la respiration cellulaire ;

- les SDHI que sont le boscalid et, depuis début 2014, le fluopyram, inhibiteurs d'une autre étape de la respiration ;

- Bacillus pumilus (mode d'action complexe).

Insecticides : gérer les coléoptères

Le phosmet arrive sur colza

Du côté des insecticides, quatre nouveautés visent les coléoptères. Une seule possède une substance active inédite sur colza.

Ce produit est Boravi WG, de Gowan France. Autorisé l'été dernier(4), il est à base de phosmet (Tableau 2). Cet organophosphoré est nouveau sur colza, mais connu depuis longtemps en France : il se trouve dans Imidan, autorisé en vergers et sur pomme de terre depuis... le début des années 1970 !

Pourquoi ce renouveau ? Probablement à cause de deux faits : d'une part, certains coléoptères du colza résistent (méligèthes) ou sont soupçonnés de résister (charançon du bourgeon terminal) à d'autres familles d'insecticides, d'autre part des organophosphorés auparavant autorisés sur colza (parathion, malathion...) ont été interdits.

Trois extensions d'usage

Les trois autres nouveautés sont des extensions d'usage d'insecticides déjà autorisés sur colza (Tableau 2). Ces produits sont désormais autorisés contre l'ensemble des coléoptères phytophages ravageurs du colza, y compris tous les charançons...

C'est le cas de Proteus, de Bayer, depuis l'été dernier(5). Ce produit, connu sur colza depuis 2009, associe la deltaméthrine (une pyréthrinoïde) au thiaclopride (un néonicotinoïde).

Les deux autres extensions viennent de paraître : Trebon 30 EC et Horeme V200(6), de Certis, autorisés auparavant contre méligèthes (et pucerons pour l'un des deux) ont désormais une AMM contre tous les « coléoptères phytophages » du colza.

Le premier est à base d'étofenprox, une pyréthrinoïde ; il était autorisé sur colza depuis 2011(7).

Le second date de moins de deux ans mais sa substance active, l'acétamipride (un néonicotinoïde) était déjà autorisée sur colza dans Suprême 20 SG, lui aussi désormais utilisable contre tous les coléoptères.

Côté modes d'action

À noter : aucun de ces produits n'apporte de mode d'action nouveau contre les coléoptères sur colza. Certes, e-phy liste 157 produits autorisés sur cet usage mais cela ne représente que dix-sept substances actives de cinq familles à modes d'action différents :

- organophosphorés (chlorpyriphos-éthyl, chlorpyriphos-méthyl et phosmet) ;

- pyréthrinoïdes (dix substances) ;

- néonicotinoïdes (acétamipride et thiaclopride) ;

- l'indoxacarbe ;

- la pymétrozine.

Deux de ces modes d'action sont en posture délicate :

- celui des pyréthrinoïdes vu la résistance de coléoptères, même si les différentes substances sont inégalement touchées ;

- celui des néonicotinoïdes, vu les pressions sociétales pour leur interdiction.

Deux binômes herbicides

Arrivée de l'aminopyralide

Pour sa part, la protection contre les mauvaises herbes voit arriver deux nouvelles spécialités (Tableau 3).

Ielo, proposée par Dow AgroSciences, introduit une nouvelle substance sur la culture. L'aminopyralide, déjà connue notamment sur prairie et en zones non agricoles, est le deuxième acide picolinique autorisé sur colza après le clopyralide (des Lontrel), et la quatrième substance du « groupe O » (toutes les substances d'un même groupe partagent un même mode d'action).

Le nouveau produit lui associe la propyzamide, un benzamide (groupe K1) déjà connu sur colza. Il est préconisé en post-levée précoce de la culture. Un atout vu le peu de solutions « de post » disponibles.

Association inédite

Enfin, Altiplano Dam Tech, de Belchim, associe deux substances connues sur colza. La napropamide appartient au groupe K3 et la clomazone est l'unique substance du groupe F4(8) autorisée en France.

Outre cette composition originale, le produit bénéficie d'une formulation micro-encapsulée dernier cri. Il est annoncé actif sur les flores classiques, mais aussi certaines « difficiles » du colza.

Dix modes d'action

Alors, quels produits sont disponibles pour désherber le colza ? E-phy recense 222 spécialités déclinant 21 substances actives de dix modes d'action différents. Davantage de diversité que contre les coléoptères ou la sclérotinose, certes, mais aucune substance ne combat à elle seule toutes les adventices ! Le désherbage du colza est compliqué, on l'a vu p. 29 à 33.

Au final...

Ainsi, le nouveau produit phyto le plus original est le biofongicide. L'inédit sur colza vient de l'alternatif (tolérance variétale, désherbage intégré, biocontrôle), même si les produits conventionnels assurent encore une bonne part de sa protection.

(1) Consultation publique sur son projet d'AMM clôturée le 20 août 2014, AMM tombée fin août, signalée dans Phytoma d'août-septembre (n° 676, p. 7). (2) Consultation publique sur son projet d'AMM clôturée en février 2014, AMM signalée dans Phytoma de mai (n° 674, p. 7). (3) Consultation publique sur leurs projets d'AMM clôturées le 4 décembre 2013. AMM signalées dans Phytoma de février 2014 (n° 671, p. 7).(4) Consultation publique sur son projet d'AMM clôturée le 2 juillet 2014. AMM signalée dans Phytoma d'août-septembre 2014 (n° 676, p. 6).(5) Consultation publique sur son projet d'AMM clôturée le 30 janvier 2014 ; AMM survenue après le 16 juin, signalée dans Phytoma d'août-septembre 2014 (n° 676, p. 6).(6) Extension sur cibles proches sans consultation publique, signalées dans Phytoma d'avril 2015 (n° 683, p. 10).(7) Signalée dans Phytoma de juin 2011, n° 645, p. 10. (8) Classé a priori dans le groupe F3, il est désormais F4.

RÉSUMÉ

CONTEXTE - Dix autorisations de produits phyto (produits inédits ou extensions d'usage) sont survenues sur le colza.

FONGICIDES - Quatre nouveautés visent la sclérotiniose.

La première est un biofongicide à base de Bacillus pumilus.

Les trois autres fongicides sont conventionnels :

- le premier, à base de picoxystrobine (substance nouvelle sur colza), est conseillé associé au biofongicide (demi-dose de chaque produit) ;

- le second fait arriver sur colza une substance inédite, le fluopyram, associé au prothioconazole ;

- le troisième est une association inédite boscalid/metconazole.

INSECTICIDES - Quatre nouveautés visent les coléoptères.

Un nouvel insecticide fait arriver sur colza le phosmet, substance connue sur d'autres cultures.

Il y a aussi trois extensions d'usage d'insecticides déjà autorisés sur colza, à base d'étofenprox, d'acétamipride et d'une association deltaméthrine/thiaclopride.

HERBICIDES - Deux nouveaux herbicides complètent la liste.

Le premier introduit sur la culture l'aminopyralide, associé à la propyzamide déjà connue. Le second associe napropamide et clomazone.

MODES D'ACTION - Sur tous ces usages, le seul nouveau mode d'action est celui du biofongicide.

MOTS-CLÉS - Colza, produits phytopharmaceutiques, produits phyto, sclérotiniose, fongicides, biofongicide, coléoptères, insecticides, adventices, herbicides.

POUR EN SAVOIR PLUS

AUTEUR : *M. DECOIN, Phytoma.

CONTACT : m.decoin@gfa.fr

LIENS UTILES : http://e-phy.agriculture.gouv.fr

www.afpp.net/apps/accueil/autodefault.asp?d=5121

BIBLIOGRAPHIE : - Piekacz C., Hinh E., Saurel J.-M. et Duchateau P., 2014, « Qu'est ce que Bacillus pumilus s. QST2808, biofongicice contre la sclérotiniose du colza », Phytoma n° 678, novembre 2014, p. 8 à 10.

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