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Et si l'on gagnait de l'argent sur le transport...

La vigne - n°99 - mai 1999 - page 0

L'organisation est devenue un élément essentiel de la compétitivité dans l'industrie. Et dans le monde vinicole? De plus en plus de professionnels confient leurs expéditions à des logisticiens. Certains vont plus loin en espérant gagner de l'argent sur le transport.

Vu l'émergence de nouveaux vignobles, la suprématie française ne sera peut-être pas éternelle. ' L'importateur de vins étrangers préfère recevoir le vin directement chez lui. Mais le négociant français refuse de lui donner un prix rendu : comme ça, il ne s'occupe pas du transport et n'en porte pas la responsabilité. Je ne connais pas d'autre secteur industriel qui travaille de cette façon! Le marché est tel qu'on ne s'inquiète pas. Pourtant, il faudrait aller plus loin avec un raisonnement collectif. Il y aura toujours du monde pour acheter les vins des grands domaines. Mais les plus petites appellations feraient bien de s'organiser pour proposer au moins un prix rendu frontière... ' Voilà ce que pensent de nombreux grands transporteurs internationaux.Le départ chai est la solution la plus facile. Cependant, en maîtrisant toute la chaîne, le vigneron offre un meilleur service à son client, bénéficie d'un avantage concurrentiel et peut réaliser un gain financier. L'idée est donc que le négociant ou le vigneron puisse, au lieu d'un départ chai à 100 F, proposer à son client de Hong-Kong un prix rendu droits acquittés de 120 F. Le principe est comparable au système franco de port pour le transport en France. Dans le tarif, on comprend le convoyage jusqu'au destinataire, avec fret et assurance. Pour beaucoup d'acheteurs souhaitant une prestation globale, la vente franco est signe de modernité. ' Plus vous donnez du service, plus vous maîtrisez vos offres et plus vous faites de la marge, dit le transporteur Clasquin. Organisez des flux réguliers et la compagnie maritime vous fera de meilleurs tarifs pour le Japon. Le producteur doit s'occuper de son produit jusqu'au destinataire. 'Casse-tête inutile? A Bordeaux, Jean-Louis Maleyran, patron de R. Joinis, gagne de l'argent en vendant sur Internet des vins de Bordeaux, à prix rendu au domicile du client. ' Vendez rendu partout, vous pourrez gagner autant sur le produit que sur le transport ', conseille-t-il. Notamment quand les marges sont limitées sur les petits vins. ' Nous nous étions aperçus que des expéditions de une ou deux palettes ne se faisaient pas parce que les destinataires ne voulaient pas prendre le risque d'acheter un vin sans recommandation. Ils n'avaient aucune expérience dans le secteur du transport ou de l'assurance. ' Il leur en coûte 1 F de plus par bouteille pour un Bordeaux-Buenos Aires ou pour Bordeaux-Shanghai par exemple (prix par conteneur plein de 20 pieds pour 2 300 cartons de six bouteilles). ' Autour du transport et des services, il y a de l'argent à gagner et des emplois à créer ', pour certains.Il faut s'appuyer sur un réseau compétent. Avec la construction de l'Europe, les groupes de transport cherchent un nouveau relais de croissance dans la logistique. Ces plates-formes spécialisées travaillent à 90 ou 95 % avec la clientèle étrangère. Un transitaire, comme Hillebrand, a du personnel dans tous les pays, des services par type de transport, 15 000 m² d'entrepôts à température contrôlée à Beaune (mais aussi à Bordeaux et à Marseille), des conseillers en droit, des hommes de douanes...D'autres prestataires plus jeunes, comme GT Logivin, à Bordeaux (voir La Vigne de mars 1999, p. 78), ont commencé leur activité avec des opérateurs locaux qui leur confient la gestion de leurs commandes, leurs préparations et leurs expéditions : ' La logistique, c'est assez novateur dans le secteur du vin, mais courant dans les domaines de la pharmacie, de l'aéronautique ou de l'automobile, rappelle André Négrini, de la cave de Rauzan, premier client de GT Logivin. Petit à petit, nous allons revenir à notre métier : le vignoble, la vinification... ' Dans cette structure, l'organisation des expéditions devenait un vrai casse-tête.' Le vigneron qui n'a pas d'outils de stockage ou d'embouteillage suffisants peut être intéressé par une sous-traitance, quelle que soit sa taille, explique Francis Courrèges, à Logivin. Au moment d'investir et d'embaucher, il devra calculer : 6 000 bouteilles/an, combien cela me coûte en stockage, étiquetage, sortie? L'avantage pour le petit vigneron, c'est aussi d'avoir un outil concurrentiel aussi performant que le gros. 'Reste à savoir quel sera le degré de maturité du vigneron pour déléguer des métiers qu'il a parfois déjà intégrés dans son organisation interne. Le débat est ouvert mais une chose est sûre, le métier de vigneron est de plus en plus complexe. On lui demande toujours plus de professionnalisme. Pourra-t-il tout faire convenablement au sein d'exploitations le plus souvent familiales?

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