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Le muscadet a du mal à payer

La vigne - n°123 - juillet 2001 - page 0

Les Bouchaud croient au Muscadet, mais la faible valorisation des vins de la région les amène parfois à douter. Installé en Gaec depuis huit ans, Laurent, le fils, espère ' un jour gagner sa vie car, aujourd'hui, ce n'est pas le cas '.

'Finalement, depuis le gel de 1991, le vignoble nantais ne s'est jamais vraiment redressé. Nous vendons nos muscadets entre 17,50 et 20 F la bouteille : ce n'est pas cher payé ! Des vignerons de la région jettent l'éponge, d'autres cherchent à vendre car ils ne dégagent pas de revenus. Les prix du vrac sont les mêmes depuis trois ans. Pourtant, la qualité est là. Je ne regrette pas l'installation avec mon père. Je suis jeune, mais j'espère gagner ma vie rapidement car, aujourd'hui, ce n'est pas le cas. 'Laurent Bouchaud, 32 ans, a le verbe direct. Son père, Henri, 56 ans, assis à ses côtés dans la salle de dégustation de leur propriété du Pallet, est heureux que celui de ses enfants qui va reprendre l'exploitation familiale ne se décourage pas. En 1993, les parents et le fils ont constitué un Gaec. ' Une façon aussi de préparer la succession. Pour ces choses délicates, plus on est clair au départ, mieux on avance ', indique-t-on, faisant allusion au soin qui a été apporté pour ne pas désavantager les enfants qui ne reprenaient pas. ' Notre exploitation arrive à maturité. On va finir de reprendre 6 ha, toujours en fermage, à un voisin, plus une partie de son matériel. Avec un total de 30 ha, on ne souhaite pas aller plus loin, mais consolider le tout et tirer des revenus : s'agrandir pour vendre à la citerne ne nous intéresse pas ! ', indique Laurent. Au Bois Joly, tout est organisé depuis quelques années pour dégager du temps à la cave au profit du commercial. ' Tout commence par une bonne organisation du chantier de récolte : je suis sur la machine à vendanger - l'un de nos meilleurs investissements dès 1993 ! -, un travailleur occasionnel s'occupe du transport et mon père est à la cave. On finit vers 17 h 30, machine lavée. Nous prenons alors le temps de soigner les vinifications. Avant, on se couchait à pas d'heure ; fatigués, il nous arrivait de tomber dans l'approximatif. Le vrai vigneron est celui qui fait bien son vin. ' Henri connaissant par coeur les terroirs de l'exploitation, on joue ici la carte des vinifications séparées à l'aide de douze cuves. Une approche qui pourra servir dans le cadre du dossier hiérarchisation, en cours dans le Muscadet. ' Je tiens depuis mes débuts des cahiers avec les dates et les caractéristiques des vendanges, plus des notes de dégustation. On les consulte souvent, ils sont précieux pour typer nos vins, d'autant que nous avons un cépage unique pour le muscadet. Il y a deux ans, nous étions insatisfaits de la dégustation d'une cuve ; l'an passé, nous avons recalé la date de récolte de la parcelle en question à l'aide de notre historique. Le résultat fut superbe : nous avons vraiment ' révélé ' ce terroir. ' De plus, pendant tout l'hiver, pratiquement tous les mercredis soirs, le fils déguste des vins avec plusieurs collègues vignerons : ' On goûte à l'aveugle pour se situer les uns par rapport aux autres, sans rien cacher. A Bordeaux, où j'ai effectué des stages, des vignerons ne connaissent même pas leur voisin. ' Le même système de ' mémoire ' est également utilisé pour les traitements. Même offensive sur le front de la vente. Fin 2000, un ouvrier est embauché dans le cadre d'un groupement d'employeurs (mi-temps sur l'exploitation, mi-temps chez un collègue) pour les travaux extérieurs. ' Je veux dégager du temps pour le commercial et la vente à la propriété. Avec le portable, c'est pratique : si un client vient et que je suis sur mon tracteur, en deux minutes, je suis au caveau. ' Un caveau flambant neuf réalisé en même temps qu'un nouveau chai dans le prolongement de la maison familiale ; Laurent habitant avec sa famille à cinquante mètres de là. ' Nous sommes complémentaires, on apprend beaucoup l'un de l'autre. ' La surface des locaux a été agrandie de 160 m². ' Sans les aides de l'Etat et des collectivités locales dans le cadre de l'audit du pays nantais, cela n'aurait jamais été possible. ' D'autres partenariats avec des négociants sont également recherchés. ' Pour avancer, je crois au muscadet consommé plus vieux et au fait que la ville de Nantes doit être le principal ambassadeur du muscadet. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. '

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