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1893, année ardente

La vigne - n°153 - avril 2004 - page 0

Qualité et quantité sont au rendez-vous en 1893. Cette année est l'une des plus chaudes et sèches de mémoire d'homme. En Seine-et-Oise, le préfet relève ' une récolte exceptionnelle, jusqu'à 200 hl/ha '.

En fouillant dans mes archives, je trouve quelques années où, au nord de la Loire, les vendanges ont débuté le 31 août, dix en cinq siècles : 1536, 1556, 1559, 1637, 1718, 1822, 1865, 1893, 1945, 1976. 1556 est la plus précoce de toutes. En Berry, on commença à couper les blés à la fin mai et à vendanger début août.
Intéressons-nous de plus près à 1893. Partout en France, il fait chaud et sec. Dès le 29 avril, Goncourt note : ' Aujourd'hui, cinquante-sept jours de sécheresse avec un vent d'Est desséchant les êtres et les plantes. ' Un observateur d'Orschwiht (Haut-Rhin) résume : ' Cette année fut, de mémoire d'homme, la plus sèche et la plus chaude. A partir du mois de février jusqu'à quelques jours avant la vendange, il n'est pas tombé une seule averse notable. Il règne une sécheresse épouvantable, ce qui oblige de vendre les bêtes... En août, les raisins ont été grillés sur les ceps par l'ardeur du soleil. C'est avec une précocité anormale que les vignes ont fleuri et c'est très tôt que les raisins furent mûrs. Huit jours avant la vendange, il tomba une pluie bénéfique qui fit gonfler les baies. '

En Gironde, le Guide Féret ne dit pas autre chose : ' Printemps sec et chaud. La pousse de la vigne est en avance de plus de trois semaines. Les chasselas bien exposés sont en fleur vers le 25 avril, la floraison est terminée vers le 20 mai. Eté constamment chaud, avec trois pluies d'orage insignifiantes. Les vendanges commencent du 16 au 20 août dans le Médoc, du 22 au 27 sur les coteaux et dans les palus. Du 6 septembre au 7 octobre, elles sont interrompues par des pluies fréquentes, et par le manque de cuves. Malgré la sécheresse de l'été, le raisin, très juteux, donne, même avant les pluies, deux fois plus de moût qu'on n'en attendait. '
Le 8 juillet, Goncourt note dans son journal : ' Ce soir, comme je dînais au restaurant Voisin, j'entendais le Bordelais Marquessac, propriétaire du restaurant actuel, dire à des clients que les vendanges, qui se font dans son pays en octobre, allaient se faire à la mi-août. Le raisin est si abondant qu'il y aurait la récolte de la moyenne de quatre années. '
Mais ce qui distingue 1893, ce sont la qualité et la quantité qui sont, en même temps, au rendez-vous. François Mauriac, né en 1885, s'en souvient dans son livre Destins : ' Cette année brûlante, les vieux vignerons en parlent encore. Dans les bouteilles qui en portent le millésime, le soleil de ce lointain été plombe toujours. Ils y retrouvent le goût ardent qu'avait la vie à cette époque, alors que le vin délicieux coulait en telle abondance qu'on le laissait dans la cuve, faute de barriques. ' Le phénomène est général au nord de la Loire. En Seine-et-Oise, le préfet note : ' Récolte exceptionnelle en qualité, jusqu'à 200 hl/ha '. En Côte roannaise, le journal local écrit : ' Les raisins étaient tellement abondants que les cuves n'ont pas suffi. La vendange était tout en jus . ' Dans le département de la Marne, l'administration des Contributions indirectes souligne : ' Récolte exceptionnelle au double point de vue de la qualité et de la quantité. '

Mais cela n'arrange pas les vignerons. Les hauts rendements pèsent sur les prix. Le Guide Féret insiste : ' Dans l'ensemble, une bonne réussite. Par suite de l'abondance, les prix sont très modérés. Aussi des achats considérables ont-ils eu lieu en primeur, sur les vins de toutes sortes et le 25 décembre, il n'y avait pas un seul cru classé qui ne fut acheté. ' Notre observateur alsacien ne dit pas autre chose : ' La récolte fut abondante et le vin excellent. Malgré cela, il ne vaut que 16 F/hl. Le vin de 1892 n'était pas aussi bon et valait 20 F. '
Au niveau national, l'abondance ne fut pas la règle, en particulier dans les départements languedociens, habituellement gros producteurs mais lourdement phylloxerés. La France ne récolta que 50 Mhl. Ce fut quand même beaucoup plus que lors d'autres années très chaudes : 34 Mhl en 1822, 29 Mhl en 1945, mais 73 Mhl en 1976.

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