Retour

imprimer l'article Imprimer

archiveXML - 2005

Ne jamais décevoir

La vigne - n°163 - mars 2005 - page 0

A la cave du Prieuré, les frères Barlet mettent tout en oeuvre pour offrir à leurs clients des vins de Savoie fruités. Pour les convaincre, ils accumulent des médailles. Pour les surprendre, ils cultivent un coteau très raide, le Marestel.

En 1981, Noël Barlet s'installe avec un objectif très clair : vendre la totalité de la récolte en bouteilles. Il s'associe avec son père au sein d'un Gaec. Leur domaine, la cave du Prieuré à Jongieux (Savoie), couvre 8,8 ha. Mais c'est avec son frère Pascal qu'il définit la nouvelle ligne de conduite. Ce dernier le rejoindra en 1986. Ensemble, ils vont accomplir un travail significatif sur la qualité ' pour ne jamais décevoir les clients '. Ils se donnent également les moyens d'un développement commercial dynamique. Aujourd'hui, à respectivement 45 et 40 ans, ils sont à la tête de 22 ha, dont 2,5 ha dans le fameux cru Marestel, qui marche très bien. Ils commercialisent 180 000 bouteilles par an.

Dès son arrivée, Noël Barlet prend des options draconiennes. Il diminue les rendements, passant de plus de 100 à 74 hl/ha, le maximum pour les vins de Savoie. Il achète un groupe de froid. ' La qualité s'en est immédiatement ressentie au niveau des arômes des blancs ', explique-t-il. Aujourd'hui, la totalité de la cuverie est thermorégulée.
En 1990, Noël Barlet achète le premier pressoir pneumatique, le second en 1998. Il réalise toujours un débourbage sévère. ' Plus on est clair dans le jus, plus on obtient de finesse dans les arômes ', commente-t-il. Les blancs ne font jamais la fermentation malolactique ' pour garder le côté vif, fruité et la typicité du vin de Savoie '. Ils sont embouteillés sur le domaine, comme les rouges. ' La mise en bouteilles est une opération trop délicate, notamment en terme d'hygiène, pour être confiée à l'extérieur ', confie Noël. La chaîne tourne au rythme de 15 000 bouteilles par jour. Ces dernières sont stockées non habillées, puis étiquetées à la demande.
A la vigne, dès 1985, Noël Barlet enherbe 60 % de la surface. ' Le but est de limiter la vigueur, donc d'avoir des ceps moins chargés, afin de lutter contre la pourriture grise. ' Il pratique un ébourgeonnage manuel systématique, ne laissant que six à huit rameaux par cep dans ses vignes plantées à 5 700 pieds/ha (hors cru Marestel). Sur la mondeuse, cépage rouge, il réalise en plus des vendanges en vert dès la fin de la fleur. Là, l'objectif de rendement est de 67 hl/ha.

Sur le plan commercial, les principes des frères Barlet ont également fait leurs preuves. D'abord, ils ne font jamais appel à des représentants, mais à des grossistes. Ensuite, ils présentent, tous les ans, quatre ou cinq vins à des concours et des dégustations pour les revues ou guides reconnus. L'investissement est assez important, mais le jeu en vaut la chandelle. En 2003, ils ont obtenu seize médailles. ' Les consommateurs y sont sensibles, justifie Noël Barlet. Elles donnent un coup de pouce à la vente. ' Les épiceries et les petites supérettes locales, n'acceptent d'ailleurs que des vins médaillés.
Pendant vingt ans, de 1982 à 2002, Noël et Pascal Barlet ont fait le marché d'Aix-lès-Bains, tous les samedis matins. Un moyen imparable pour établir leur clientèle locale et touristique. ' Aix est une ville de curistes. On y a touché, puis conservé une clientèle en dehors de la Savoie. ' Ils livrent eux-mêmes les restaurateurs et les supérettes des stations de ski de la vallée de la Maurienne, de la Tarentaise et de Haute-Savoie. Un service apprécié. En principe, il est à la charge de Pascal, plutôt responsable de la partie commerciale, alors que Noël s'occupe davantage de la production.

Aujourd'hui, ils proposent une gamme de neuf vins : rouge, rosé, blanc et méthode traditionnelle. Au bas de l'échelle, un petit vin de soif, la jacquère. Ses ventes sont en perte de vitesse. Au sommet, le cru Marestel. ' Avec 17 000 bouteilles commercialisées, c'est notre locomotive. Il sort de l'ordinaire et plaît bien. Au début du XX e siècle, c'était un vin réputé, servi sur les plus grandes tables d'Aix-lès-bains ', insiste Noël Barlet.
Aussi, les frères Barlet se sont-ils fortement mobilisés, en 1995, après un violent orage qui a provoqué une forte érosion du coteau. Ils y exploitaient déjà 2 ha. Une association de vignerons s'est créée afin de le réaménager, d'y planter 10 ha supplémentaires, d'ouvrir des chemins pour faciliter les traitements, de mettre en place un système d'évacuation des eaux de pluie et de faciliter les opérations foncières. Coût de l'opération ? 1,2 million d'euros, dont 153 000 euros financés par les vignerons. Comme les autres collègues, les frères Barlet y ont gagné 50 ares supplémentaires.

' Le Marestel est notre porte-drapeau, et c'est une belle réussite ', affirme Noël Barlet avec fierté. Il se souvient du ' travail de bagnard pour réaliser plus de 1 000 trous au perforateur. La roche mère arrivait très vite, après 15 cm de terre. On a fait ces trous pour placer des piquets de palissage. ' Il a planté 3 500 pieds au printemps suivant. 200 ont péri de la canicule en 2003.
Depuis janvier 2005, Julien, 22 ans, le fils de Noël, titulaire d'un BTS viti-oeno, s'est installé. Il est déjà prêt pour vinifier des mondeuses plus charpentées, élevées un an en barriques de deux vins. ' Ça marche bien, il y a une clientèle pour ce type de vins, précise Noël. Ils seront vendus 7,20 euros au lieu de 5,20 euros TTC dans les deux années qui suivent la récolte '. Toujours à l'avant-garde.

L'EXPLOITATION EN DATES
1981 Noël s'installe en Gaec
1983 100 % bouteilles
1986 Installation de pascal, frère de Noël
1989 Cru Jongieux
1990 Premier pressoir pneumatique
2000 50 ares en plus de Marestel
2001 Signature d'un CTE
2005 Le fils de Noël s'installe



Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :