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Pays nantais : passage à l' offensive

La vigne - n°172 - janvier 2006 - page 0

Le volet défensif (arrachages et audits) du plan nantais arrive à son terme. L'interprofession se lance maintenant dans la reconquête des marchés.

Après quelques années de réflexion, le Pays nantais a lancé son nouveau plan professionnel (NPP) en 2004. La priorité des actions est mise sur l'arrachage. 2 500 ha doivent disparaître en Muscadet, 1 000 ha en Gros-Plant. Pour encourager les viticulteurs à abandonner des surfaces, le conseil général de Loire-Atlantique accorde une prime complémentaire à celle versée par l'Europe.
En 2005, les producteurs du Pays nantais ont arraché 518 ha, dont les deux tiers en Muscadet. 70 % d'entre eux ont bénéficié d'une prime complémentaire de 2 045 euros/ha. Fin novembre, 280 producteurs avaient fait une demande pour arracher 400 ha supplémentaires. Cette année, le conseil général versera 1 760 euros/ha. ' Nous espérons encore quelques demandes ', note Agnès Aubin, en charge du NPP, au Conseil interprofessionnel des vins de Nantes (CIVN). Au total, ce n'est que la moitié de l'objectif de réduction de surface qui est atteint en deux ans. Malgré cela, ' l'arrachage en 2004-2005 a permis un assainissement du vignoble. ' Il a été le fait de retraités, de pluriactifs et, dans quinze cas, de cessations d'activité viticole.
Mais la situation n'est pas la même pour les deux principales dénominations. En Gros-Plant, la suppression de 500 ha en trois ans a réduit la production, alors que les stocks avaient déjà amorcé une chute importante. Au CIVN, on redoute même que ' les volumes disponibles de 2005-2006 soient insuffisants '. ' Nous attendons les statistiques précises de déclaration de récolte 2005 , précise le nouveau président du Gros-Plant, Jean-Marc Ferré. Le conseil d'administration décidera, en début d'année, de poursuivre ou non l'arrachage. Il est possible qu'on s'arrête là. ' En Muscadet, les stocks sont encore en augmentation en 2005 malgré l'arrachage.

Pour poursuivre l'incitation à l'arrachage, le Syndicat du muscadet propose... de traiter les effluents vinicoles. ' Plutôt que de recourir au lagunage qui coûte cher, pourquoi ne pas épandre en zone viticole , suggère Marcel Jussiaume, son président. Les vignes arrachées resteraient en jachère pour l'épandage, au lieu d'être replantées tout de suite. ' Le potentiel de production serait un peu réduit, et les exploitations mises aux normes à peu de frais.
Parallèlement à l'arrachage, le CIVN a mis en place des audits (60 euros) pour aider les exploitants. ' Au début du NPP, nous estimions que 150 exploitations en avaient besoin , dit Agnès Aubin. Fin 2005, 103 en avaient fait la demande ou avaient déjà reçu un auditeur . ' Jugeant que l'opération ' n'a pas atteint son objectif ', le CIVN a instauré une mesure : il propose un entretien gratuit aux exploitants qui n'ont pas, ou plus, accès au marché.
Ce premier volet, ' défensif ', est donc en bonne voie, même si, fin 2005, les demandes ralentissaient. ' L'attrait de la nouveauté est passé ', regrette Agnès Aubin, tant pour l'arrachage que pour les audits.

Le CIVN lance désormais son volet offensif : la reconquête des marchés. Dès 2005, il a organisé deux séminaires sur l'exportation dans le vignoble, ciblés sur une destination : la Russie pour le premier, et la côte est des Etats-Unis pour le second. Dans un premier temps, les producteurs assistent à une séance d'information sur le marché, notamment ses conditions d'accès. Puis ils rencontrent des responsables des postes d'expansion économique, des importateurs ou des distributeurs actifs sur le marché cible. Ces séminaires ont l'avantage de mettre en contact des producteurs qui ne sont pas encore référencés avec des acheteurs potentiels. De plus, ces derniers sont amenés dans le vignoble pour approfondir leurs connaissances. Les deux séminaires ont réuni 105 vignerons.
Par ailleurs, les viticulteurs et les négociants se demandaient s'il fallait changer le goût du muscadet pour plaire à l'étranger. ' La réponse est non. Il n'est pas nécessaire d'inventer un nouveau produit ', affirme Agnès Aubin, au vu des enquêtes du printemps 2005 auprès de consommateurs du Japon, des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Le muscadet classique est apprécié des Anglais et des Nippons.
Le Syndicat du muscadet, en pleine démarche de resegmentation de l'offre, va utiliser ces études ' pour éclairer sa réflexion ', indique Frédéric Macé, son directeur. L'objectif de cette ' clarification ' est de faire correspondre les vins aux trois niveaux de gamme attendus par les consommateurs. L'entrée de gamme sera le muscadet AC élevé sans lie, tel qu'actuellement. Le milieu de gamme sera constitué des appellations sous-régionales sur lie, seul mode d'élevage qui persisterait pour ce segment. Le haut de gamme se composera des crus communaux. Ce troisième niveau est en cours de définition. Cette nouvelle hiérarchisation doit être mise en place dès la récolte 2006.

De plus, le CIVN va utiliser les études sur les consommateurs pour élaborer une stratégie de marketing de marques pour les entrées de gamme (muscadet AC et gros-plant). C'est ce que conseille le cabinet Ernst & Young, à la suite d'un audit réalisé à l'automne. Le CIVN s'y attèle pour être opérationnel dès la première récolte hiérarchisée.
Espérons que cette segmentation s'accompagnera d'une meilleure valorisation. Le Syndicat du muscadet a entamé, cet été, des discussions avec le négoce. Pour pallier les baisses de rendement, il espérait un minimum de 184 euros/barrique (225 l) de muscadet AC, 210 euros pour le muscadet sèvre-et-maine et 276 euros pour les sur lie. Le négoce n'a pas donné suite. En novembre, le muscadet sur lie se vendait 263 euros.

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