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Deux vignobles obtiennent des années blanches

La vigne - n°180 - octobre 2006 - page 0

Dans le Languedoc-Roussillon et à Bergerac, les syndicats ont négocié avec les banques une à deux années blanches de remboursement d'emprunts. Des centaines de vignerons ont déposé des dossiers.

Parmi les mesures Bussereau figurent des prêts de consolidation. Ils permettent de reporter les remboursements d'emprunts d'une année sur les cinq suivantes. « Cette mesure ne nous intéresse pas. Elle allège les remboursements durant une seule année et les alourdit dès la suivante. En plus, pour en bénéficier, il faut s'engager à envoyer 15 % de sa récolte à la distillation, ce qui réduit le chiffre d'affaires. Avec la Fédération des vins de Bergerac, les syndicats, la chambre d'agriculture de Dordogne et les élus, nous avons préféré négocier une autre mesure avec les banques », explique Jean-François Fruttero, vigneron en cave particulière et adhérent aux Jeunes agriculteurs.
Après plusieurs mois de démarches, la Banque populaire, le Crédit agricole et le Crédit mutuel ont accepté le principe de deux années blanches financées par un prêt. Le taux, de 4,2 % au départ, a pu être réduit à 3,5 %, puis à 2,5 %. Le Conseil général a débloqué une enveloppe de 150 000 euros pour prendre en charge une partie des intérêts. Les banques ont, elles aussi, accepté de faire un effort. « L'enveloppe départementale prévue pour les prêts de consolidation ne sera pas complètement utilisée. Il reste 300 000 euros qui vont repartir. Nous voudrions que cet argent serve à prendre en charge les 2,5 % restants. Mais pour l'instant, le gouvernement ne veut rien savoir », regrette Jean-François Fruttero.
Les banques prêtent au maximum 60 000 euros par exploitation. Elles débloquent cette somme en deux tranches, la première en 2006, la seconde en 2007. Les bénéficiaires s'en servent pour payer des annuités de prêts bonifiés ou non. Sur la première tranche, ils paient des intérêts dès 2007, sur la seconde dès 2008. Ils remboursent le capital à la fin de leur tableau d'amortissement.

« Ce n'est pas une solution miracle, mais c'est un apport de trésorerie qui permet de souffler pendant deux ans. Ceux qui ont des courts termes peuvent les rembourser plus facilement et réduire ainsi leurs frais financiers », souligne Martine Deffreix, du Crédit agricole de Bergerac. Fin août, avant la réduction du taux à 2,5 %, cette banque avait reçu une centaine de demandes.
En Languedoc-Roussillon, les trois caisses régionales du Crédit agricole et la Banque populaire ont également mis en place une année blanche. Au Crédit agricole, le report d'une année se fait par une modification du tableau d'amortissement. Dans ce cas, la banque propose, en option, l'allongement d'un an de la durée de remboursement du prêt initial pour alléger les annuités. Les jeunes agriculteurs, qui ont surtout des prêts bonifiés, peuvent accéder à un prêt à taux réduit pour reporter leurs annuités. Près de 2 000 vignerons ont déjà déposé des dossiers. La Confédération paysanne a demandé à ce que les frais financiers supplémentaires soient pris en charge par la banque pour les exploitations de moins de 20 ha. Elle n'a pas obtenu satisfaction.

A la Banque populaire des Pyrénées-Orientales, près d'une centaine de vignerons ont demandé une année blanche. Le report peut se faire par la modification du tableau d'amortissement ou par un nouveau prêt. « L'année blanche apporte de la trésorerie à court terme. Elle permet au vigneron de prendre le temps de réfléchir à sa stratégie à moyen terme. Mais la dette n'est pas effacée. Elle est simplement reportée, ce qui limite d'autant les capacités d'investissement dans l'avenir. C'est la moins mauvaise des solutions pour faire face à une crise. Mais pour rétablir durablement la situation, il faut d'autres mesures comme la prise en charge des cotisations sociales, et des actions collectives qui permettent de redresser les marchés », affirme un conseiller du CER des Pyrénées-Orientales.

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