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DOSSIER - Transmission : L'affaire d'une vie

4. Dans l'impasse « Une partie de notre vie va s'en aller »

Colette Goinère - La vigne - n°236 - novembre 2011 - page 88

Bernard et Christiane Dalla Longa ont dû se résoudre à vendre leur exploitation après la volteface de leur fils. Avec beaucoup de peine.
Bernard et Christiane Dalla Longa ne vont pas pouvoir transmettre à leur fils, comme ils l'auraient souhaité. © P. ROY

Bernard et Christiane Dalla Longa ne vont pas pouvoir transmettre à leur fils, comme ils l'auraient souhaité. © P. ROY

« J'étais prêt à vendre à un jeune, à l'accompagner, à l'aider. Cela m'aurait plu. » Bernard Dalla Longa parle doucement, avec des regrets dans la voix. Propriétaire du château Choine-Ganereaux, plus de 18 ha de vignes à cheval sur Dieulivol, en Gironde et sur Sainte-Colombe-de-Duras, en Lot-et-Garonne, ce viticulteur est dans l'impasse. Depuis décembre 2009, il tente de céder son exploitation. Sans résultat pour l'instant.

Et pourtant, tout avait démarré sous les meilleurs auspices. En 1974, Bernard reprend l'exploitation de ses parents. Très tôt, son épouse Christiane abandonne son travail à l'usine pour l'aider à la propriété. Peu à peu, le couple se diversifie dans les prunes tout en agrandissant le vignoble. Leur fille Cynthia se destine au métier de professeur des écoles. Nicolas, leur fils, c'est sûr, reprendra la propriété. D'ailleurs, il fait un BTS Commerce vins et spiritueux. L'avenir est clair pour Bernard : il produira le vin que son fils vendra. Pendant quatre ans, Nicolas travaille au château. Mais un jour du mois d'août 2005, le plan qui semblait aller de soi s'effondre. Après le ramassage des prunes, sur le coup de midi, le fils annonce à son père qu'il a rencontré l'amour et qu'il veut prendre une autre voie professionnelle. « On a pris une claque. Tout d'un coup, on se rendait compte que nos deux enfants étaient partis ailleurs », confie Bernard.

« Pas prête à vendre »

La cruelle déception passée, l'idée de vendre commence à faire son chemin. En décembre 2009, la Safer vient estimer le bien. Terres, chai, maison d'habitation : elle évalue l'ensemble à 800 000 euros. Rendez-vous est pris pour faire signer au couple une lettre d'intention de vente. Mais ce jour-là, Christiane ne vient pas. La signature ne se fait pas. « Je n'étais sans doute pas prête à vendre. J'avais l'impression d‘être dépouillée de tout, de voir un peu de ma vie s'en aller », lâche Christiane.

Puis, la raison l'emporte. En février dernier, le couple signe son intention de vendre. Mais entre-temps, la valeur a chuté à 770 000 euros selon une nouvelle estimation de la Safer. La propriété se retrouve en vente sur internet. Une agence immobilière est également sur le coup. Un acquéreur potentiel vient faire le tour, mais ne donne pas suite. Un second client semble plus intéressé. Il envisage d'avoir la main sur la commercialisation et d'embaucher les Dalla Longa pour leur confier la conduite des vignes et des vergers. « J'étais d'accord avec cet arrangement. J'allais être le relais. » Malheureusement, le projet avorte. Un autre couple se présente en août dernier avec pour projet de transformer la maison en gîte et de monter un magasin dédié aux prunes. Pour cela, le couple, des Parisiens dans la quarantaine, veut créer deux sociétés : l'une pour les prunes, l'autre pour le vin.

Coup d'œil sur les bilans de l'exploitation de Bernard : l'entreprise est saine. Elle dégage un chiffre d'affaires de 230 000 euros, dont 40 % pour l'activité prune. « Nous n'avons pas de 4X4, ni d'appartement au bord de la mer, mais nous avons toujours fait des investissements raisonnés et raisonnables en tenant compte du cours du tonneau », indique-t-il. Bernard écoule ses 1 450 hl de vin en bouteilles au négoce et au particulier. Il vend très peu en vrac. Mais l'affaire ne se fera pas.

Amoureux de sa terre et de ses vignes

Aujourd'hui, Bernard, 60 ans, est en colère contre la Safer qui « ne l'épaule pas ». Il se sent abandonnée par « les structures chargées de nous accompagner qui en font le minimum ». Et de lâcher : « Je n'imaginais pas que ce serait aussi difficile de vendre. »

Bernard est amoureux de sa terre et de ses paysages. Les vignes et les pruniers sont plantés sur des coteaux. La vue est imprenable. Par cet après-midi d'automne, l'ensoleillement est à son maximum. Le viticulteur réfléchit à haute voix : pourquoi ne pas vendre ses terres à un opérateur qui installerait des panneaux photovoltaïques au sol ? Un ultime espoir ?

Une exploitation, deux activités

Basé à Dieulivol, tout à l'est de la Gironde, le château Choine-Ganereaux comprend 18,4 ha de vignes (6,4 ha en bordeaux et 12 ha en côtes de duras) et 10,7 ha de vergers de prunes. Il y a aussi 2,2 ha de prés, 2,64 ha de terres, 2 ha de bois et un lac. Le chai de 500 m² est doté de cuves inox et de cuves enterrées revêtues de résine époxy à chaud, d'une pompe à marc, d'un égrappoir et d'un conquêt de réception en inox.

Cet article fait partie du dossier Transmission : L'affaire d'une vie

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REPÈRES

Le cédant : Bernard Dalla Longa.

Âge : 60 ans. Il peut prendre sa retraite dès le 1er novembre 2011.

Sans successeur.

L'exploitation : 18,4 ha de vignes, 10,7 de vergers.

L'essentiel de l'offre

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