Retour

imprimer l'article Imprimer

VIGNE

Les prévisions météo, pour s'organiser et se rassurer

Frédérique Ehrhard - La vigne - n°244 - juillet 2012 - page 28

Quand le temps est incertain et le risque climatique élevé, les vignerons multiplient les consultations de services de prévisions météo pour savoir quand traiter. Ils n'en oublient pas pour autant leur connaissance du climat local. Témoignages.

Le Point de vue de

« Quand je stresse, je les consulte deux à trois fois par jour »

Sylvie Dufaitre-Genin, domaine du Crêt des Garanches, à Odenas (Rhône).

Sylvie Dufaitre-Genin, domaine du Crêt des Garanches, à Odenas (Rhône).

Au printemps

« J'ai surtout besoin de la météo pour les traitements. J'utilise MétéoAgri 69, un service du site internet de la chambre d'agriculture du Rhône. L'abonnement me coûte 73 euros pour la saison.

Les prévisions sont établies sur quatre jours, par petite région, détaillées par tranche horaire et réactualisées trois fois par jour.

Elles précisent si les conditions sont favorables ou non pour traiter. Quand le temps est incertain et que je stresse, je les consulte deux à trois fois par jour ! Ces prévisions m'aident à sortir de l'indécision et à savoir s'il faut y aller ou pas. Sur deux ou trois jours, elles sont fiables. Cette année, elles m'ont été très utiles pour positionner les traitements entre les pluies et choisir les moments avec de bonnes conditions de température et de vent.

L'an dernier, par contre, il a fait très beau. J'ai à peine consulté la météo et je n'ai eu aucun mal à caler deux traitements contre le mildiou et l'oïdium. Je regarde aussi les tendances à neuf jours, qui sont établies au niveau départemental. Ce printemps, j'ai ainsi pu positionner un chantier de plantation au bon moment. Le sol était frais et il n'y avait pas de période ventée annoncée qui aurait pu dessécher les plants. Mais ces tendances ne sont pas toujours fiables. En juin, elles ont annoncé le retour d'un anticyclone qui s'est fait attendre ! »

Pour les vendanges

« Pour caler les vendanges, je me sers des prévisions à neuf jours. J'essaie de démarrer au début d'une période de beau temps, car je vendange à la main. Mais une fois que l'équipe est là, il faut finir, même s'il pleut. Les prévision détaillées me servent alors à ajuster les horaires. Si le temps doit se dégrader, je demande aux vendangeurs de faire deux heures de plus le jour même, quitte à alléger la journée du lendemain. »

Son observation

« Mon père, vigneron avant moi, rêvait d'être météorologue. Il m'a appris à distinguer les vents et les nuages et m'a transmis sa connaissance du climat local. Je sais que quand je peux voir le mont Blanc au loin, c'est qu'il va pleuvoir dans les deux ou trois jours qui viennent. »

Le Point de vue de

« Je ne peux plus me passer des radars de pluie »

Matthieu Mangenot, directeur du château Long-Depaquit, à Chablis (Yonne)

Matthieu Mangenot, directeur du château Long-Depaquit, à Chablis (Yonne)

Au printemps

« Je m'appuie sur les prévisions du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne que je consulte sur son site avec un code d'accès. Depuis 2012, nous avons des prévisions de température au sol. C'est une donnée très utile.

Ce printemps, ces températures ont été annoncées plusieurs fois comme négatives, alors que celles de l'air devaient rester positives. J'ai mis mon équipe en alerte et pas pour rien, car il a effectivement fallu déclencher la protection antigel. Mais ce que j'utilise le plus, ce sont les images radar. Je ne peux plus m'en passer ! Je peux observer l'arrivée des pluies et prévoir si elles vont toucher Chablis ou non. En période de traitements, je peux ainsi réagir rapidement et réorganiser le travail si nécessaire.

Ce n'est pas la peine de préparer une cuve de bouillie si une pluie risque d'interrompre l'application ou de lessiver le produit. Cette année, avec la pression mildiou, j'ai souvent choisi d'anticiper les traitements pour passer avant la pluie. Nous avons ainsi réussi à traiter dans de bonnes conditions. Dans les périodes chaotiques, je consulte également le répondeur de Météo France. S'il donne les mêmes tendances que le service interprofessionnel, je suis rassuré. Si ce n'est pas le cas, c'est qu'il y a une incertitude. J'en tiens compte et je prévois plusieurs stratégies. »

Pour les vendanges

« J'utilise les tendances à quatorze jours. Elles sont moins fiables, il faudrait pouvoir les améliorer.

En 2011, elles annonçaient une période de pluie alors qu'en fait, il a plutôt fait beau. Heureusement, malgré les prévisions, j'avais décidé d'attendre pour optimiser la maturité. Dans notre métier, nous prenons des risques pour améliorer la qualité. Il faudrait que les prévisionnistes nous aident en cernant au plus près les risques climatiques, pour que nous puissions prendre les meilleures décisions. »

Son observation

« Je lève aussi le nez pour regarder le ciel ! Mais, parfois, il est très noir alors qu'aucune goutte ne tombe. C'est avec les images radar que je peux prévoir si la pluie arrive ou non. »

Le Point de vue de

« Météo France, trois sites internet et le bulletin à la télévision »

Sébastien Ratron, domaine du Clos des cordeliers, à Souzay-Champigny (Maine-et-Loire)

Sébastien Ratron, domaine du Clos des cordeliers, à Souzay-Champigny (Maine-et-Loire)

Au printemps

« Mes vignes sont en situation gélive. Dès que la végétation démarre, j'installe les chaufferettes. Et durant toute la période de risque, je suis de très près la météo. En fin d'après-midi, j'appelle le répondeur vocal de la station Météo France la plus proche, qui est réactualisé à 17 heures

L'appel coûte 0,34 euro la minute. C'est l'information la plus fiable. Je consulte également trois sites gratuits sur internet en complément, ainsi que le bulletin météo du soir à la télévision. J'ai une sonde qui sonne dans la chambre dès que la température descend à 2°C. Tout est déjà prêt, il n'y a plus qu'à se lever et à aller allumer les chaufferettes. Mais Sébastien Ratron, domaine du Clos des cordeliers, à Souzay-Champigny (Maine-et-Loire) « Météo France, trois sites internet et le bulletin à la télévision » j'apprécie d'avoir des prévisions avant une éventuelle alerte. S'il n'y a pas de risque de gel annoncé, je dors un peu plus tranquillement !

Ensuite, la météo m'aide à caler les traitements. Mais je ne la regarde pas aussi régulièrement que durant la période de risque de gel. Je consulte simplement les trois sites internet deux ou trois jours avant la date prévue pour renouveler la protection contre le mildiou et l'oïdium.

S'il n'y a pas de pluie annoncée, je peux retarder un peu le traitement. Je regarde aussi les températures et le vent. Avec deux pulvérisateurs, tout est fait dans la journée, je peux profiter de la meilleure fenêtre météo. »

Pour les vendanges

« Je m'appuie sur les tendances à neuf jours pour décider quand démarrer. En 2011, le temps était au beau et j'ai attendu quelques jours de plus après l'ouverture des bans pour obtenir une meilleure maturité.

En revanche, si la pluie est annoncée, il faut aller vite. Avec quarante vendangeurs, il nous faut une dizaine de jours pour tout rentrer. Une fois que nous avons démarré, nous ne nous arrêtons plus. »

Son observation

« Les prévisions sont fiables pour les températures, un peu moins pour les pluies. J'observe aussi ce qui se passe en direct.

Il y a des signes annonciateurs qui ne trompent pas. Quand les buses sortent des bois, par exemple, il pleut dans les deux ou trois jours. »

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :