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VIGNE

Travail du sol : Ils jonglent avec leurs outils

FRÉDÉRIQUE EHRHARD - La vigne - n°254 - juin 2013 - page 32

Pour s'adapter à l'enherbement et à l'état des sols, mieux vaut disposer d'une palette d'outils assez large. Trois vignerons nous font partager leur expérience.

SÉBASTIEN PÉREZ, DIRECTEUR TECHNIQUE DES VIGNOBLES PAUL MAS, DANS L'HÉRAULT « Les disques s'il y a beaucoup d'herbe, les dents sur les sols secs »

Sébastien Pérez, des vignobles Paul Mas, dans l'Hérault. © P. PARROT

Sébastien Pérez, des vignobles Paul Mas, dans l'Hérault. © P. PARROT

L'exploitation : « Sur 182 ha répartis en quatre domaines, 22 sont en bio, conduits en travail du sol intégral pour lequel nous sommes équipés d'un intercep Egretier et d'un intercep Ferrand. Sur les 160 ha en conventionnel, seul l'interrang est travaillé, et parfois le rang pour compléter le désherbage chimique dans des parcelles où nous n'utilisons pas d'antigerminatif. »

Le travail du rang : « Cette année, nous avons chaussé les vignes en bio en décembre avec une charrue vigneronne, comme d'habitude. Mais il a beaucoup plu par la suite et nous n'avons pu déchausser qu'à la mi-avril. Il y avait déjà 30 à 40 cm d'herbe. Il a fallu passer au piochon pour casser les grosses touffes. Fin avril, nous avons tout rechaussé pour essayer d'étouffer l'herbe. Entre le printemps et l'été, nous chaussons et déchaussons deux fois. Nous passons également des lames bineuses quatre à cinq fois, mais elles ne suffisent pas toujours à garder le sol propre si la période est humide. Le chaussage et le déchaussage permettent alors de rattraper la situation, à condition que le sol soit suffisamment ressuyé. Je suis de près la météo pour prévoir les pluies. Avec deux interceps attelés en permanence, nous pouvons réagir vite et travailler le sol avant qu'elles n'arrivent, en donnant la priorité aux parcelles les plus sales et à celles qui sont les plus longues à ressuyer. »

Le travail de l'interrang : « Nous laissons pousser l'herbe jusqu'à la mi-avril, ce qui améliore la portance et permet de passer sans problème avec le tracteur jusqu'à cette date. Puis nous enfouissons l'herbe par un passage de disques, ce qui assure un apport d'engrais vert. Nous travaillons ensuite l'interrang avec des disques ou avec un cadre équipé de dents. Quand il y a beaucoup d'herbe, les disques passent mieux que les dents. Quand le sol a durci dans les périodes sèches, comme c'était le cas en 2012, il est préférable d'utiliser les dents. Elles arrivent à casser la croûte et à pénétrer en profondeur. Quand le sol est trop humide, il nous arrive de tondre en attendant de pouvoir le travailler. Durant un mois et demi, tout pousse en même temps, et les travaux se bousculent. Mais vers fin mai ou début juin, nous finissons toujours par rattraper la situation. »

LAURENT LABAUME, CHEF DE CULTURE AU CHÂTEAU DE TRACY, À TRACY-SUR-LOIRE (NIÈVRE) « Lame et brosse se complètent bien »

LAURENT LABAUME, CHEF DE CULTURE AU CHÂTEAU DE TRACY, À TRACY-SUR-LOIRE (NIÈVRE)

LAURENT LABAUME, CHEF DE CULTURE AU CHÂTEAU DE TRACY, À TRACY-SUR-LOIRE (NIÈVRE)

L'exploitation : « Nous avons 32 ha en conventionnel mais nous avons supprimé les désherbants. Depuis 2011, nous sommes équipés d'interceps Naturagriff pour travailler le rang. Nous avons deux enjambeurs. L'un d'entre eux est équipé de lames. Il travaille sur un rang complet et deux demi-rangs. L'autre est équipé de brosses et travaille sur deux demi-rangs seulement. Pour gagner du temps, nous allons brosses pour travailler deux rangs à la fois. Dans l'interrang, nous gardons un léger enherbement pour améliorer la portance. »

Le travail du rang : « Début mars, nous chaussons les ceps avec des disques. Puis, vers le 20 avril, nous passons l'intercep équipé de la brosse rotative. Le sol est encore souple et la brosse pénètre facilement la butte, qu'elle commence à défaire. Nous alternons ensuite avec une lame bineuse. La brosse entre bien dans le sol lorsqu'il est légèrement humide, sans le lisser. Mais quand le sol est sec, elle le disperse. À l'inverse, la lame travaille bien dans un sol sec, mais colle s'il est humide. Les deux outils se complètent bien. Avec quatre à six passages, nous arrivons à garder le rang propre. Il faut parfois être très réactif pour intervenir avant l'arrivée des pluies. Au printemps, lorsque l'herbe parfois une seconde fois pour l'étouffer. Cela nous laisse trois semaines tranquilles avant de déchausser avec la brosse. C'est ce que nous avons fait cette année quand, à la mi-avril, des pluies ont été annoncées. Nous avons préféré chausser à nouveau avant qu'elles n'arrivent. À 6 km/h, c'est rapide à faire, et cela redonne de la marge au cas où nous ne pourrions pas rentrer ensuite dans les parcelles. »

Le travail de l'interrang : « L'enherbement permanent concurrençait trop la vigne. Aujourd'hui, au lieu de tondre, nous réduisons le développement de l'herbe en passant un cadre équipé de dents. Nous conservons juste un léger couvert, plus développé dans les parcelles qui ressuient plus lentement. Nous améliorons ainsi la portance et nous pouvons entrer plus vite après une pluie pour traiter. »

DANIEL ALIBRAND, VIGNERON À FARGUES-DE-LANGON (GIRONDE) « Rechausser pour être tranquille pendant l'épamprage »

L'exploitation : « J'ai 8 ha de vignes que je conduis en bio depuis 2005. L'écartement varie entre 1,40 et 1,80 m. J'utilise un enjambeur équipé d'interceps Naturagriff pour travailler le rang, ainsi qu'une lame bineuse Belhomme. Je travaille aussi l'interrang lorsque c'est nécessaire pour réduire la concurrence entre l'herbe et la vigne. »

Le travail du rang : « Après les vendanges, je chausse les ceps avec deux socs montés de chaque côté de l'enjambeur. Je déchausse avec une décavaillonneuse en avril, puis j'utilise l'intercep. Si le sol est souple, je l'équipe de la brosse rotative. S'il est plus dur, je me sers de la herse rotative à trois dents, qui pénètre mieux. En général, avec un à deux passages dans l'été, j'arrive à garder le sol propre. En fin de saison, s'il y a une levée de pâturin ou de panic, je passe tout de suite la lame bineuse, qui est efficace sur les jeunes plantules. Avec cet outil, je peux faire les 8 ha en une journée alors qu'avec l'intercep, il me faut près de deux jours. Décavaillonner est l'opération la plus délicate. Il faut trouver la bonne fenêtre. Dans les argiles graveleuses, qui durcissent rapidement, le sol doit être tout juste ressuyé. À deux jours près, c'est trop tard pour passer. Dans les graves, le positionnement est plus facile. Le décavaillonnage est aussi l'opération la plus longue. J'avance doucement pour ne pas abîmer de ceps. Il me faut une journée pour faire 2,5 ha. Mais ensuite, l'herbe repousse moins vite qu'après année, j'ai fini de tout décavaillonner début mai. Je devrais être tranquille jusqu'à début juin. Si l'herbe a repoussé à ce moment-là, je rechausserai une seconde fois, pour ne pas avoir à me préoccuper de travailler le sol pendant l'épamprage. »

Le travail de l'interrang : « Je le gère en fonction de la hauteur de l'herbe, du stress hydrique de la vigne et des prévisions de la météo. Si les pluies se font rares et que la concurrence de l'herbe devient trop forte, je la supprime avec un passage de disques. Si le temps doit rester humide, je préfère garder l'enherbement pour réduire la quantité d'eau disponible pour la vigne. J'utilise alors un cadre équipé de dents en patte-d'oie, qui freinent le développement de l'herbe sans l'éliminer. »

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