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VIN

Transfert de vin À chacun sa télécommande

MARION BAZIREAU - La vigne - n°283 - février 2016 - page 42

Pratique et sûre, la télécommande pour pompe n'est plus perçue comme un luxe. Les fabricants et les distributeurs proposent de plus en plus de modèles dont les plus sophistiqués intègrent une minuterie ou encore un système assurant que la pompe s'est bien mise en route.
L'EMPLOI des télécommandes se généralise dans les cuveries. © M. BAZIREAU

L'EMPLOI des télécommandes se généralise dans les cuveries. © M. BAZIREAU

LA TÉLÉCOMMANDE dernier cri de PMH Vinicole a une autonomie de plusieurs jours et se recharge par induction. © C. FAIMALI / GFA

LA TÉLÉCOMMANDE dernier cri de PMH Vinicole a une autonomie de plusieurs jours et se recharge par induction. © C. FAIMALI / GFA

Le marché de la télécommande, il connaît. Marc Charbonneau, gérant de Ser.Ma.Dep (Service, maintenance, dépannage), à Festigny, dans la Marne, occupe le terrain champenois depuis plusieurs années, sillonnant les vignes au volant de sa voiture électrique. Il a ainsi équipé 85 de ses 400 clients de télécommandes pour pompes à vin. Il constate que la concurrence est de plus en plus rude. La demande est en plein boom et tout le monde se lance, fabricants de pompes comme distributeurs de matériel oenologique.

En même temps que les opérateurs se multiplient, la gamme de prix s'élargit. D'après Marc Charbonneau, « il faut compter entre 500 € pour une télécommande basique, similaire à celles qui ouvrent les portails électriques, et 5 000 € pour les plus performantes. » Les vignerons y trouvent leur compte car ils gagnent en temps, confort et sécurité. Plus besoin d'une personne en haut de la cuve et d'une autre à la pompe. Et quand le vigneron travaille seul, il n'a plus à descendre de sa cuve en vitesse en fin de transfert ou à courir à travers le chai pour arrêter la pompe.

Toutes les télécommandes se composent de deux pièces maîtresses : un boîtier émetteur, qui envoie l'ordre (marche, arrêt, inversion de sens, variation de débit...), et un boîtier récepteur. Ce dernier est installé soit directement sur la pompe, soit entre une prise murale et la pompe. Il transforme l'onde radio en signal électrique et actionne ou arrête la pompe.

Trois options s'offrent au vigneron : la première est d'acheter sa télécommande en même temps que sa pompe, comme le proposent de nombreuses marques : Francesca, Aspic ou PMH Vinicole. Dans ce cas, le boîtier émetteur est monté sur la pompe.

Les deux autres options concernent ceux qui veulent piloter, a posteriori, une de leurs pompes déjà en service, avec une télécommande. Dans ce cas, ils peuvent soit opter pour un boîtier émetteur « prise », qui se branche entre la pompe et une prise murale, soit faire appel à un technicien qui va installer un boîtier directement sur leur pompe. L'avantage des prises : on peut commander plusieurs pompes. Chez Aude-Œnologie, à Carcassonne (Aude), Jean-Charles Palloure vend des télécommandes universelles. « Les télécommandes "prises" valent entre 800 et 1 000 €. Les petites caves, qui travaillent avec une ou deux pompes, peuvent faire monter le boîtier récepteur sur leur pompe, pour 500 à 700 € », détaille-t-il.

On trouve des boîtiers récepteurs de tous poids et de toutes formes, et des boîtiers émetteurs qui se portent à la ceinture, en tour de cou avec une dragonne, et même en bandoulière. Ils varient en autonomie et mode de rechargement (pile, batterie, induction...).

Côté fonctionnalités, les manettes les plus simples ne proposent que la mise en marche et l'arrêt. C'est le cas de l'entrée de gamme de la Sovitec, un distributeur de matériel oenologique basé à Libourne. Elle coûte 799 € et « fonctionne avec des pompes jusqu'à 4 kW de puissance. Elle travaille à 433 MHz de fréquence, ce qui correspond à une portée, sans obstacles, de 300 mètres », comme l'explique Jérôme Gabriel, un technicien. Il faut compter 889 € pour le même modèle proposant l'inversion de sens. La Sovitec essaye de passer en 834 MHz. « Cela permettrait au signal de traverser un mur d'un mètre d'épaisseur. »

À Beaune (Côte-d'Or), Jonathan Gorjux, technico-commercial chez Dionysos Systèmes, affirme que ses télécommandes offrent la plus grande portée du marché, avec 1 000 mètres en champ libre. L'entreprise propose également une prise avec variation de vitesse. Cette option permet de ralentir le débit de la pompe en début ou fin de transfert. « L'opérateur n'est plus obligé de faire marche/stop plusieurs fois de peur de déborder, ce qui n'est pas bon pour la pompe », raconte Jonathan Gorjux. En plus, la prise est équipée d'un système de minuterie, qui arrête la pompe d'une minute à dix heures après son démarrage. « Si vous connaissez votre temps de transfert, vous pouvez vous atteler à d'autres tâches. Vous n'êtes plus obligé de rester à côté de la pompe. » La télécommande avec variation de vitesse et minuterie est proposée à 3 280 €.

Marc Charbonneau, de la société Ser.Ma.Dep, explique que « des télécommandes vont encore plus loin et embarquent un système de temporisation capable, par exemple, de remonter une cuve vingt minutes toutes les quatre heures ».

Confort supplémentaire, nombre de boîtiers émetteurs sont équipés d'un système confirmant, via un signal lumineux ou sonore, que la pompe à bien reçu l'ordre. Lorsqu'elle est placée loin de la cuve de destination, cela évite à l'opérateur d'aller vérifier qu'elle a démarré ou qu'elle est arrêtée.

Au dernier Sitévi, PMH Vinicole a présenté la première télécommande dotée d'un écran digital. L'écran affiche le sens de pompage, l'accusé de réception de la pompe, le statut de la batterie et, lorsque la pompe est pourvue d'un débitmètre, le débit et le volume de vin transféré. Pour bénéficier de cette télécommande « dernière génération », le vigneron doit s'équiper d'une Œnopompe, une pompe volumétrique à lobes hélicoïdaux.

Basée à Bron, dans le Rhône. PMH Vinicole n'oublie pas pour autant les détenteurs de pompes d'autres marques. L'entreprise propose d'abord la « valisette Œnotelec », à raccorder entre une prise électrique classique et l'appareil à commander (pompe, filtre, pressoir...). Elle dispose d'une portée à vue de 500 mètres et d'une minuterie, et se décline en deux puissances - 5,5 kW (16A) et 11 kW (32A) -, pour piloter les grosses pompes à vendange, par exemple, le tout pour 1 090 ou 1 490 €. Si le client désire faire varier la vitesse de sa pompe, il peut s'équiper de l'Œnotelec Var, qui coûte 1 150 €, à condition que sa pompe dispose d'un variateur de vitesse.

Selon Lionel Corgié, gérant de PMH Vinicole, la firme propose « les meilleures télécommandes universelles. Elles sont petites, solides et étanches. Elles sont en outre disponibles avec une fréquence de 2,4 GHz ou plus, ce qui leur confère une grande portée ».

Dans tous les cas, avant d'acquérir une télécommande, faites venir un technicien sur place afin qu'il en étudie la portée dans votre chai, comme le fait Marc Charbonneau en Champagne (lire encadré), ou faites-vous prêter une télécommande quelques jours afin de la tester. Attention également à demander au fournisseur d'où proviennent ses pièces et quelles sont ses conditions de maintenance. Ces précautions vous éviteront des déconvenues.

Des tests pour vérifier la portée

 © M. BAZIREAU

© M. BAZIREAU

En Champagne, Marc Charbonneau (photo) tient à se déplacer dans chaque cuvier pour vérifier la portée de ses télécommandes. Pour cela, il s'est fabriqué un chariot de test, monté sur deux roulettes, sur lequel il a installé une batterie autonome, un boîtier récepteur pourvu d'une antenne et un deuxième boîtier, qui simule la pompe. Il place ce chariot à différents endroits de la cuverie, puis se balade avec sa télécommande pour vérifier la portée du signal, grâce à une micro-led qui s'allume sur sa manette lorsque la « fausse » pompe réagit. Selon lui, la portée «à vue» des télécommandes ne veut pas dire grand-chose. « Un mur en béton, des cuves rapprochées ou des passerelles peuvent barrer ou freiner le système radio. Même le corps humain est un obstacle : la pompe ne répond pas forcément de la même façon selon que l'on appuie sur la télécommande face ou dos à elle. » Ce diagnostic lui permet de conseiller ou non à son client des « répéteurs », des boîtiers relais qui font le lien entre le boîtier émetteur et la pompe.

Le Point de vue de

MICHAËL GERIN, DOMAINE JEAN-MICHEL GERIN, 12 HECTARES À AMPUIS (RHÔNE)

« Nous avons gagné en confort de travail et dégagé du temps »

« Nous disposons de deux télécommandes PMH Vinicole, une sans écran, achetée il y a deux ans avec une première Œnopompe - une pompe à lobes - et une deuxième dotée d'un écran digital, acquise avant les dernières vendanges en même temps qu'une nouvelle pompe. Ce matériel a remplacé notre pompe télécommandée Francesca que nous utilisions depuis huit ans. Les télécommandes nous ont permis de gagner en confort de travail et de dégager du temps. Nous pouvons désormais effectuer nos transferts de cuve à cuve et nos entonnages seuls, quand nous devions être au moins deux auparavant. Bien sûr, nous pouvons actionner et interrompre la pompe à distance, mais surtout, grâce aux signaux qui s'affichent sur le boîtier de la télécommande, nous sommes certains que la pompe a bien reçu l'ordre de démarrer ou de s'arrêter. C'est très pratique, surtout lorsqu'elle ne se trouve pas dans notre champ de vision. Parallèlement à notre dernière Œnopompe, nous avons acquis un débitmètre Œnoflux. Du coup, le débit et le volume transféré s'affichent en temps réel sur l'écran digital de la nouvelle télécommande. Celle-ci dispose d'une autonomie de plusieurs jours et se recharge par induction. C'est royal. »

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