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VIGNE

Hydrorétenteurs Premiers pas prometteurs

MICHÈLE TRÉVOUX - La vigne - n°298 - juin 2017 - page 44

Peu utilisés jusqu'ici en viticulture, les rétenteurs d'eau commencent à susciter de l'intérêt pour lutter contre la sécheresse. Polyter semble avoir convaincu ceux qui l'ont testé. Un deuxième produit arrive sur le marché.
EDWIGE ET OLIVIER MICHON, propriétaires du Château Livran, dans un de leurs plantiers réalisés avec Polyter.

EDWIGE ET OLIVIER MICHON, propriétaires du Château Livran, dans un de leurs plantiers réalisés avec Polyter.

Polyter n'est pas une nouveauté. Mais après la sécheresse de l'an dernier, ce produit suscite beaucoup d'intérêt. Chez les Vignerons de l'Occitane, par exemple. Basée à Servian, dans l'Hérault, cette coopérative a invité Philippe Ouaki di Giorno, concepteur du Polyter, à venir le présenter lors de sa dernière assemblée générale. À la suite de cette intervention, une vingtaine de coopérateurs ont souhaité le tester cette année, tant pour les plantations que les complantations.

Polyter est un rétenteur d'eau (ou hydrorétenteur) déjà utilisé par les communes pour leurs espaces verts ou dans des programmes de développement agricole et de reforestation en zone aride, en Afrique. Ce produit enrichi d'engrais absorbe jusqu'à 300 fois son poids en eau. Il la restitue ensuite aux racines, en fonction des besoins exprimés par la plante.

Quelques pionniers l'emploient de longue date, comme Florent Guinjard, propriétaire du Château de Roquebrune, à Lalande-de-Pomerol. Ce viticulteur a commencé à l'utiliser pour ses complantations dès 2005. « J'ai voulu vérifier s'il est possible de planter sans avoir à arroser par la suite. Dès la première année, j'ai obtenu d'excellents résultats. Depuis, je l'utilise pour toutes mes complantations. La veille de l'intervention, je dilue les granulés dans l'eau (150 g de produit pour 45 l d'eau). J'obtiens une sorte de gel. J'en verse 3 litres par pied et j'ajoute également 2 litres d'engrais organique (Angiplant). J'arrive à quasiment 100 % de reprise. Je peux partir tranquille en vacances en début d'été, car il n'est plus nécessaire d'arroser. » Florent Guinjard confie toutefois ne pas avoir d'éléments de comparaison car il ne réalise jamais de complantation sans ce produit.

Des essais sur complants

Sébastien Labails, directeur technique des Vignerons de Buzet, a fait l'an dernier un essai sur un millier de complants de cabernet-sauvignon. « Nous avons déposé le produit sous forme de granulés dans le trou de plantation, suivi d'un seul et unique arrosage. Nous avons utilisé seulement 5 g/pied alors qu'il est recommandé d'en mettre 10 g. Malgré ça, en fin de saison, nous avons observé des pousses 18 % plus longues que les pousses des témoins non traités », affirme-t-il. Convaincu de l'intérêt du produit, il a refait, cette année, un essai à la bonne dose.

Un protocole à respecter

Dans le Gers, au Château Garreau, Carole Garreau a tenté l'expérience en 2014 sur toute une plantation. L'expérience n'a pas été très concluante. Elle n'a pas en effet noté de réelle différence entre le témoin et les rangs traités : « Notre machine à planter n'était pas équipée pour délivrer le produit dans le trou de plantation. Nous avons donc fait un trou à la main, à côté du plant pour y déposer le Polyter. C'est sans doute ce protocole qui ne fonctionne pas. Car j'ai essayé par la suite le produit sur des rosiers dans mon jardin et obtenu des résultats spectaculaires. Je pense que le produit est intéressant. Je referai un essai lors d'une prochaine plantation avec une machine à planter délivrant le produit en granules. »

Au Château Livran, dans le Médoc, Olivier Michon, qui exploite 27 ha en biodynamie avec sa femme, n'a pas tergiversé. Après avoir vu un reportage télévisé sur les performances du Polyter et confirmé l'efficacité du produit en appelant un viticulteur héraultais qui l'avait testé, il a plongé. Il a passé une commande pour l'utiliser sur une plantation de 10 ha (8 ha de merlot, 2 ha de cabernet franc) qu'il avait programmée.

« Avec le printemps humide de 2016, j'ai pris du retard. J'ai planté mes vignes fin mai. Il fallait que je trouve une solution pour éviter de passer l'été à arroser. » Olivier Michon a réalisé sa plantation avec une machine équipée pour apporter de l'eau aux plants. Mais au lieu de les arroser d'eau pure, il leur a apporté Polyter dilué dans de l'eau.

Pas une goutte d'eau de l'été

« Nous avons d'abord fait des essais pour obtenir un mélange qui ne colmate pas les arrivées d'eau. Nous avons respecté la dose recommandée de 10 g/pied. J'ai mis à la disposition du planteur un ouvrier pour la préparation du mélange. À ce surcoût, il faut rajouter le prix du produit : 1 000 € par hectare. Mais, je m'y retrouve largement. Après la plantation, je n'ai pas mis une goutte d'eau de tout l'été. Malgré la sécheresse qui a suivi, j'ai obtenu un taux de reprise de 99 % », assure Olivier Michon. Les jeunes plants ont connu un développement rapide, avec un feuillage bien réparti. Au printemps suivant, le débourrement a été plus précoce, « comme si la vigne était plus réactive ». Son expérience n'est pas passée inaperçue. Depuis plusieurs semaines, il reçoit des appels de crus classés, curieux d'en savoir un peu plus sur les raisons de ce taux de reprise exceptionnel pour une plantation sansarrosage.

Polyter apporte de l'eau et des engrais NPK

LE POLYTER  absorbe jusqu'à 300 fois sont poids en eau. Ici, sec à gauche et humide à droite.

LE POLYTER absorbe jusqu'à 300 fois sont poids en eau. Ici, sec à gauche et humide à droite.

Des hydrorétenteurs absorbent l'eau en conditions humides pour la restituer aux racines des plantes par temps sec. Ces produits sont à base de polyacrylate et polyacrylamide de sodium ou de potassium. Polyter est constitué de polyacrylate de potassium. À la différence des autres rétenteurs, il contient aussi des fertilisants NPK selon la formule 10/10/10. Chaque granule absorbe 160 à 300 fois son poids d'eau selon la qualité de l'eau. « Ces nodules se greffent sur les racines et constituent un réservoir dans laquelle la vigne puise selon ses besoins. Il en résulte une augmentation de trois à cinq fois de la masse racinaire, assure Philippe Ouaki di Giorno, patron de la société PODG qui fabrique et distribue le Polyter. Le produit est efficace pendant trois à cinq ans, puis il est dégradé par les bactéries du sol ou les UV. » Polyter bénéficie d'une homologation provisoire, dans l'attente d'informations sur son devenir dans le sol.

Aprosoil, concurrent fraîchement autorisé

Spécialisé dans les polymères superabsorbants pour le confinement des boues, Aprotek vient d'obtenir l'autorisation de mise sur le marché d'Aprosoil en tant que « matière fertilisante ». Il s'agit d'un rétenteur d'eau pour le marché agricole d'une capacité maximale de rétention de 300 litres d'eau par kilo. Contrairement à Polyter, Aprosoil ne comprend aucun élément fertilisant. « Nous travaillons déjà sur le maïs, où l'on obtient une meilleure stimulation racinaire au démarrage », explique Stéphane Delheur, le directeur d'Aprotek. Des essais vont être conduits, cette année, chez François-Régis Boussagol, à Quarante, dans l'Hérault, pour mettre au point le protocole d'utilisation du produit en viticulture.

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