Retour

imprimer l'article Imprimer

ACTUS - VOS CONCURRENTS

L'Espagne aide ses brandies

Mathilde Hulot - La vigne - n°221 - juin 2010 - page 27

Derrière ce choix, le poids des traditions et un soutien aux viticulteurs de la Castille et de la Manche.
VENDANGES DANS LA MANCHA. Les blancs de cette région fournissent l'essentiel des vins de distillation. © M. RUIZ TORIBIO

VENDANGES DANS LA MANCHA. Les blancs de cette région fournissent l'essentiel des vins de distillation. © M. RUIZ TORIBIO

123,2 millions d'euros d'aides pour ce secteur

123,2 millions d'euros d'aides pour ce secteur

Depuis la révision de l'OCM en août 2008, l'Europe accorde une enveloppe à chaque Etat membre. La France et l'Italie l'utilisent en priorité pour restructurer leur vignoble. L'Espagne soutient avant tout la distillation d'alcools de bouche. Elle y a consacré 100 millions d'euros sur les 196 millions qu'elle a touchés en 2009. Elle a prévu d'y affecter 123 des 284 millions d'euros d'aide pour 2010. Et elle pourrait y ajouter 15 millions supplémentaires à titre exceptionnel.

Jusqu'à la nouvelle OCM, l'Espagne distillait bon an, mal an, 7 millions d'hectolitres de vin. Depuis, elle a décidé de réduire ces volumes. En 2008-2009, elle n'a distillé que 5,6 Mhl et pour 2009-2010, elle a prévu 5,1 Mhl, dont 3,5 Mhl provenant de Castilla-La Mancha. Concentrées dans le centre de l'Espagne, les distilleries travaillent essentiellement l'airén, un cépage peu aromatique et adapté à cette utilisation.

Ces alcools de bouche servent à muter les vins de Jerez et les portos. Ils sont aussi vendus comme brandies. Ceux qui vieillissent en fût chez des opérateurs français prennent même le nom de « french brandy ». Ces brandies français représentent 130 000 hl sur les 350 000 hl d'alcool pur exportés par la France. Pour cette raison, « l'eau-de-vie d'Espagne n'a jamais été considérée comme une concurrence », explique Maurice Crouzet, président de l'Union française des alcools et brandies. C'est plutôt une matière première pour des opérateurs dont la plupart sont situés dans la région de Cognac.

700 €/ha pour les viticulteurs

L'Espagne a décidé de soutenir sa filière de distillation pour maintenir le revenu de milliers de viticulteurs. Jusqu'ici, le distillateur touchait les aides et en reversait une partie aux producteurs. Depuis la nouvelle OCM, ces derniers touchent directement 700 €/ha consacrés à la distillation. Cette dernière permet aussi de délester le marché du vin de ses excédants.

Malgré l'aide européenne, « la situation des brandies est pire que celle du vin », soutient un observateur. Les producteurs touchent environ 160 €/hl d'alcool pur, soit cinq fois moins que le cognac de la plus petite qualité. Les 700 €/ha leur permettent donc tout juste de survivre. Malgré cela, le prix des brandies est bien plus élevé que celui des alcools de grain. Les opérateurs risquent de les abandonner comme ingrédient de leurs spiritueux. Ils pourraient même cesser d'en vendre.

Seul l'avenir des brandies de Jerez et du Pénedes semble assuré. Les premiers représentent 95 % des brandies espagnols d'appellation et 67 millions de bouteilles par an consommées, dont 60 % en Espagne.

CE QUE ÇA VA CHANGER POURVOUS

L'Espagne utilise une grande partie de son enveloppe européenne pour maintenir un revenu aux viticulteurs en difficulté, plus que pour améliorer sa compétitivité. De plus, elle soutient un marché très faiblement valorisé. A terme, elle risque de le payer et de prendre du retard dans la modernisation de son vignoble.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :