Retour

imprimer l'article Imprimer

DOSSIER - BOUCHONS : Le liège prépare son retour

Une filière au cœur du développement durable

La vigne - n°221 - juin 2010 - page 32

Naturel, renouvelable et recyclable, le liège est en phase avec notre époque. Son exploitation permet d'entretenir des forêts écologiquement riches et fournit du travail à des régions très peu industrialisées. Autant d'atouts sur lesquels les professionnels du liège attirent l'attention.
Le liège, une production essentiellement méditérranéenne... ... et à faibles émissions de CO2

Le liège, une production essentiellement méditérranéenne... ... et à faibles émissions de CO2

Le groupe Amorim, leader mondial du liège, s'est lancé dans la communication « écolo », à la suite d'une étude sur l'impact environnemental des bouchons. En 2007, la société PricewaterhouseCoopers a comparé le cycle de vie (production, transport, mise en bouteille, fin de vie) de bouchons en liège naturel, de bouchons synthétiques et de capsules à vis. Elle s'est basée sur sept indicateurs, parmi lesquels : les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d'eau, d'énergie, la détérioration de la couche d'ozone…

Les résultats, publiés fin 2008, placent le bouchon de liège au premier rang sur six de ces critères. Il s'avère notamment que sa fabrication et son utilisation émettent dix fois moins de CO2 qu'un synthétique et vingt-quatre fois moins qu'une capsule à vis. De plus, les forêts de chênes-lièges fonctionnent comme des puits de carbone. D'après les actes du Vivexpo 2008, colloque qui réunit tous les deux ans les professionnels du liège, « une suberaie gérée durablement peut stocker 6 199 kg de CO2/ha et par an ». Cette étude conclut donc que le bouchon de liège respecte plus l'environnement.

Les poussières de liège : un bon carburant

« C'est un produit naturel, une ressource renouvelable, biodégradable et recyclable », ajoutent les fabricants. Ainsi, ils multiplient les opérations de recyclage. Amorim a lancé en 2009 une grande campagne de collecte de bouchons, afin de les réacheminer vers le Portugal où ils sont transformés en divers matériaux.

Les poussières de liège, rebuts de la fabrication, peuvent également servir de biocarburant. C'est le cas dans les usines du groupe Bourrassé, au Portugal, où la poussière alimente les générateurs de vapeur. « L'usine est autonome en énergie. Elle n'utilise pas de pétrole », commente Jean-Francis Troccard, directeur général du groupe. Face à ces arguments, les concurrents se défendent. « L'aluminium est lui aussi recyclable, remarque Bruno de Saizieu, directeur commercial d'Amcor France. Cela permet des économies considérables puisqu'il faut 95 % d'énergie en moins pour fabriquer une capsule recyclée. De plus, le bouchon ne représente que 0,5 à 1 % du coût d'une bouteille de vin. Donc l'argument écologique pèse peu pour le bouchon. »

Pour François Denis, directeur général de la société Nomacorc, « il faut dépasser les clichés. Le bouchon synthétique est recyclable et son bilan carbone reste intéressant. Mais « Attention quand on parle de liège naturel ! » Le leader du bouchage synthétique rappelle en effet que la fabrication des bouchons de liège dits « techniques » nécessite des colles chimiques, pas vraiment naturelles. Les acteurs du bouchage alternatif remarquent enfin que le liège consomme beaucoup d'eau, car il faut laver et faire bouillir l'écorce pour la rendre utilisable.

1,255 milliard d'euros par an

Mais, pour les fabricants de bouchons de liège, le développement durable va bien au-delà de l'écologie. Ils rappellent le poids économique et social de la filière liège mondiale : 1,245 milliard d'euros par an de chiffre d'affaires, dont 455 millions produits par l'exploitation de la forêt et 790 millions par l'industrie. La récolte d'une tonne de liège nécessite un peu plus de huit jours de travail. L'industrie de transformation génère 25 000 emplois directs et 65 000 indirects. Elle produit près de 300 000 tonnes de liège par an, dont 70 % environ servent à fabriquer des bouchons (source : Apcor 2007).

Au Portugal, qui compte 33 % de la surface mondiale de chênes-lièges, cette exploitation procure le principal revenu d'exportation et représente 3 % du PIB du pays.

La forêt de chênes-lièges couvre 2 277 700 ha dans le monde. « Elle se trouve surtout dans des zones méditerranéennes peu industrialisées, indique Renaud Piazzetta, directeur de l'Institut méditerranéen du liège. L'industrie bouchonnière est primordiale à leur développement économique. » Ce dernier admet qu'en France, la filière liège a une part limitée. « Mais dans certaines petites localités, c'est la principale activité. »

Des forêts pleines de vie

Pour aller plus loin, les bouchonniers s'engagent dans la certification des forêts. Ils veulent garantir à leurs clients qu'elles sont entretenues selon des pratiques durables. Le cahier des charges le plus répandu est celui du Forest Stewardship Council (FSC).

Il assure que les forêts sont exploitées dans le respect de la biodiversité, des droits sociaux des travailleurs et des communautés locales et de manière économiquement viable.

Pour qu'un bouchon soit labellisé FSC, il doit être issu d'une forêt certifiée FSC et faire l'objet d'audits à chaque étape de sa transformation. « Pour l'instant, deux à trois millions de nos bouchons le sont, indique Christophe Sauvaud, directeur d'Amorim France. Nous poursuivons la démarche, même s'ils coûtent plus cher, car la demande est croissante. »

Les bouchonniers pourront alors développer leur discours sur l'intérêt écologique de la forêt de chênes-lièges. Elle facilite la préservation des sols. Elle régule les flux d'eau et empêche la désertification. Elle abrite des milliers de plantes et d'animaux, dont certaines espèces menacées, comme le lynx ibérique. Sans le vouloir, les utilisateurs de liège préservent ce milieu fragile.

Cet article fait partie du dossier BOUCHONS : Le liège prépare son retour

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :