Né à Tahiti, en Polynésie française, dans un village de pêcheurs, Heifara Swartvagher n'aurait jamais imaginé qu'il deviendrait vigneron. Son père est un « métro » installé à Papetee par amour pour une Polynésienne. En 1982, quand la famille rentre en métropole pour ouvrir un camping dans le Lot, Heifara a 15 ans.
À 30 ans, il épouse Anne Cavalié, fille de Marie et Dominique Cavalié, viticulteurs à Parnac, sur l'ère de l'AOC Cahors. Ceux-ci exploitent les 43 ha de vignes du château Saint-Sernin. Heifara, qu'on appelle désormais Jean-Michel, est éducateur. Anne est prof de maths. Bien loin de la viticulture. Pourtant, lorsque Marie et Dominique annoncent qu'ils vont passer la main et demandent à leurs enfants s'ils veulent reprendre la propriété, Heifara est intéressé.
« L'aventure me tentait, même si je n'y connaissais rien », raconte-t-il. Heifara prend alors une année sabbatique pour tenter ce nouveau métier. Au bout de quatre mois, conquis, il démissionne de son poste d'éducateur. La greffe avait pris.
Sens de l'accueil
Le jeune Tahitien apprend le métier à côté de son beau-père. « Je me suis surtout penché sur la vinification et sur la vente, poursuit-il. Je ne savais pas encore faire du vin que je voulais déjà l'exporter ! » Il crée la marque Varua Maohi spécialement pour la Polynésie. Il développe aussi l'export (Mexique, États-Unis et Chine) et la vente au château, où son sens de l'accueil fait mouche. Les groupes de visiteurs sont de plus en plus nombreux, si bien qu'il commercialise désormais directement 15 % des 200 000 bouteilles qu'il produit.
Peu à peu, il imprime sa marque au château en présence d'un beau-père encore très actif. « J'ai décidé de me diversifier, prévient-il. J'ai commencé à planter des vignes pour produire du vin de pays rosé, puis du rosé moelleux, un produit dont les ventes décollent. Mais quand j'ai voulu planter du blanc, je me suis heurté à mon beau-père qui était totalement contre. Avec le temps, il a accepté que je fasse un essai. Depuis deux ans, j'ai un demi-hectare de chardonnay et autant de petit manseng. L'année prochaine, je produirai un blanc sec et un blanc liquoreux, afin de compléter ma carte. »
Le choc des cultures
«Quand je suis arrivé en métropole, le plus difficile a été de m'adapter au climat. Mais lorsque je me suis lancé dans la vigne, j'étais comme dans une bulle. Je ne me suis guère soucié de la façon dont les gens me percevaient, mais plutôt de savoir comment j'allais me dépatouiller de ce métier, au côté de mon beau-père qui était reconnu. J'ai appris en toute humilité, en écoutant et sans m'imposer. »