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éditorial

Grosses ficelles

PAR BERTRAND COLLARD, RÉDACTEUR EN CHEF DE LA VIGNE - La vigne - n°298 - juin 2017 - page 5

Venant de scientifiques se présentant comme des défenseurs de l'intérêt public, on aurait pu s'attendre à plus de rigueur. Mais non. Lorsqu'il s'agit de faire valoir leur point de vue, ils emploient les plus grosses ficelles, sans vergogne. La principale consiste à faire peur. Fin mai, l'Anpaa et ses acolytes ont alerté la presse qu'une « lobbyiste du vin » était entrée à l'Élysée : Audrey Bourolleau, ex-déléguée générale de Vin et Société. Emmanuel Macron venait d'en faire sa conseillère agricole. Avec elle, la politique de santé publique était en danger !

Pour appuyer leurs dires, les signataires du communiqué affirment que la filière viticole s'est réjouie de cette nomination alors qu'aucun de ses responsables ne s'est exprimé sur le sujet. Ils soutiennent que la filière a réussi à placer un de ses pions au coeur du pouvoir. Or, cette nomination n'est pas l'oeuvre de la main cachée de la viticulture, mais le résultat de l'engagement politique et de la vivacité d'Audrey Bourolleau. Les experts enfoncent le clou en assurant qu'il y a un conflit d'intérêt. Pourtant, la conseillère a démissionné de Vin et Société avant d'entrer à l'Élysée. Depuis, elle n'a pas plus d'intérêt dans la viticulture que tout Français peut en avoir dans une filière d'excellence de son pays qui est une source d'emplois et de richesses.

À y regarder de près, c'est la modification apportée à la loi Évin en janvier 2016 et la communication de Vin et Société sur les repères de la consommation modérée qui restent toujours en travers de la gorge de ces addictologues. Quelque temps avant la nomination d'Audrey Bourolleau, ils appelaient à une reprise en mains du discours sur l'alcool par les pouvoirs publics.

Le plus inacceptable, c'est qu'ils réaffirment que l'alcool comporte des risques dès le premier verre, ignorant une nouvelle fois la masse de travaux selon lesquels les buveurs modérés de vin ont une meilleure espérance de vie que les abstinents et les gros buveurs. En Espagne, l'étude Prédimed le montre une nouvelle fois. Ses tout derniers résultats, parus en avril, apportent une explication inédite : l'effet protecteur contre les maladies cardiovasculaires serait dû à un polyphénol présent dans les vins rouges et dans l'huile d'olive. C'est désormais ailleurs qu'en France qu'il faut chercher les défenseurs du French Paradox.

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